18.11.10

Le Juppé nouveau est arrivé

Je viens de recevoir une invitation pour l’inauguration des prochaines expositions au Capc envoyée « avec plaisir » par le maire de Bordeaux himself, Alain Juppé. Ce titre, qui tient en une ligne, résume le triste sort d’un homme battu lors des législatives en 2007 où la règle du jeu était implacable : le perdant quittait le gouvernement fraichement mis en place par Nicolas Sarkozy. L’élu du peuple à la plus haute fonction ne voulait que des winners dans son équipe et gare au maillon faible. Alain Juppé avait perdu la partie contre la socialiste Michèle Delaunay, ce qui aurait fait tache dans la magnifique myriade de jeunes battants qu’étaient les hommes du Président. Le lot de consolation : la mairie de Bordeaux.

La soupe populiste

Pas démonté le cheval de Chirac qui a fini sa course RPR au Québec après une condamnation pénale, il assure ne pas s’en faire. Il a failli piétiner à coup de sabots un pauvre journaliste qui lui avait demandé « comment ça va ce matin ? »
- Vous voudriez que j’aille mal pour pouvoir vous en délectez, n’est ce pas ?, avait alors répondu l’énarque au manche à balai.
Mais depuis, le poulain tenté par Venise a bien redressé sa course. Il a juré/craché de ne plus jamais partir de Bordeaux. La raison est aussi naturelle qu’un compliment de faux-cul : « il y avait incompatibilité entre sa fonction de maire et un portefeuille ministériel. » Il devait savoir que seuls les imbéciles ne changeaient pas d’avis et qu’autour de lui il y en avait assez pour applaudir le changement du sien.
S’il a promis ne plus jamais manger des cerises en hiver, il n’a pas boudé l’eau de la fontaine gouvernementale. Après avoir survolé la mêlée présidentielle sur la route des Roms et l’engagement de la France en Afghanistan ; il réclame aujourd’hui son bol de soupe et sert en échange sa soupe populiste : « Je demande aux Bordelais de comprendre qu'il y a des périodes où il faut savoir mouiller la chemise pour son pays. »

L’insupportable légèreté des lettres

Alain Juppé a été parmi les premiers hommes politiques à ouvrir un blog et un des premiers ministres à quitter son ministère (l’écologie) un mois jour pour jour après y être entré. Échaudé, le maire de Bordeaux jure les grands dieux à coup de billets (sur son blog) qu'on ne l'y prendrait plus : « Je lis pourtant, ici ou là, que je préparerais mon retour au gouvernement. Alors, soyons clair : ce n’est pas mon intention.
Ensuite, je me suis engagé, vis à vis des Bordelais, à exercer pleinement la fonction de maire qu’ils m’ont confiée. Or, il y a, à mes yeux, incompatibilité entre cette fonction et un poste ministériel. On ne peut pas tout faire à la fois.
Mais, me dira-t-on, vous avez affirmé que vous étiez disponible pour servir. Je le confirme. Il y a bien des façons de servir ses concitoyens et son pays. »
Moralité : on ne peut pas tout faire à la fois, mais on peut tout de même avoir plusieurs discours. France Inter signalait ce matin que tous ces billets ont été supprimés du blog. C’est la magie du Net (quand on ne l’est pas). Pas vu, pas repris !

« Je ne suis pas sûr qu'on ait gagné à perdre notre position originale. »

Mais que serait la politique sans les grands changements… d’avis ?
Juppé, qui a d’abord critiqué la réintégration de la France dans l’Alliance Atlantique et le projet américain d’un bouclier anti-missile de l’Otan, va sortir sa belle plume pour enfin signer le « marché de dupes » ce week end à Lisbonne.
Juppé, qui a non seulement accepter d'être le numéro 2 du gouvernement, a fait part de son intention de pousser mémé dans les orties et de reprendre la 2ème circonscription tombée aux mains de la socialiste Michèle.
Juppé, auteur de la désormais célèbre tirade périmée « je ne suis pas sûr qu'on ait gagné à perdre notre position originale », nous sert aujourd’hui les couleuvres à la bordelaise en guise de lamproies et nous beurre les tartines avec « 50 minutes » à peine pour faire Paris – Bordeaux.
Juppé assure que ses ouailles feraient correctement son boulot. Rappelez-vous la remarquable mise au chaud de la mairie pendant qu’il sirotait du jus d’érable en sursis.
« [j’ai] entendu les mécontentements des uns et des autres. Il est vrai que j'avais déclaré que je ne souhaitais pas exercer des fonctions locales et nationales [mais] le contexte a changé et chacun a le droit d'évoluer et de s'adapter. […] Il n'est interdit à personne de changer d'avis ». En espérant que ses électeurs fassent de même…