Dans de longs et nombreux articles sur le port du voile, en France ou ailleurs en occident, sous ses formes variées : niqab, burqa..., ainsi que durant des interventions télévisées de femmes qui défendent le principe de liberté et, par là-même, du port du voile... jamais la question du voile sur l'échelle de l'Humanité n'a été abordée, jamais la représentation de ce voile sous d'autres sociétés n'a été évoquée, expliquée, selon les mœurs, souvent religieux, surtout politiques. Il semblerait qu'il soit commun d'ignorer les « origines » de cette tenue puisqu'elles sont, tous comptes faits, très loin de nos sociétés occidentales.Il est cependant difficile de trouver une interprétation dans le Coran sur le port du voile, selon qu'on le lit à la lettre ou avec une lecture spirituelle. Pour les plus fondamentalistes, la « sourate du hidjab » et quelques autres évocations (comme la sourate 24, La lumière, versets 30 et 31) ont alors valeur d'obligation. « Il n'y a qu'une seule lecture du Coran », la lecture littérale, peu importe si celui-ci a été écrit il y a quatorze siècles et que la condition de la femme a sensiblement changé ailleurs dans le monde.
En cherchant ça et là, on apprend que le port du voile est une interprétation stricte et littérale du Coran selon l'obédience salafiste « Ceux qui se définissent comme salafistes […] sont influencés par les wahhabites saoudiens, ils se préoccupent d’abord de ce que l’islam autorise ou interdit. Les wahhabites interprètent le mot ijtihad (examen personnel des sources religieuses fondé sur le Coran et la Sunna) de manière restrictive. Conservateurs par leur comportement et leur pratique de l’ijtihad, les salafistes sont socialement actifs, avec pour objectif d’islamiser la société. 1 » Le port du voile devient l’un des moyens de manifestation publique et de propagande d’un courant rigoriste de l’islam, souvent voulu par l'homme, rarement accepté par la femme.
En effet, si l'on se demande si cet habit est accepté par les femmes dans les pays arabes, on retrouve rapidement des réponses sous formes de manifestes. Ses réponses sont rares mais elles existent toutefois par le courage et la contestation de certaines. L'écrivaine saoudienne contestataire Wajiha Al- Howeidar sait mieux que quiconque les conditions draconiennes imposées aux femmes du royaume et pose des conditions claires parmi lesquelles il est fait référence au voile : « J'arrêterai de revendiquer des droits pour la femme saoudienne […] lorsque la femme saoudienne portera des vêtements blancs, confortables alors que l'homme saoudien sera astreint à porter une écharpe noire, des gants noirs et un vêtement noir et à marcher sous un soleil brûlant qui fait fondre le métal. Il sera suivi de près par des femmes athlétiques et sauvages qui surveilleront ses mouvements au nom de la défense de la vertu et de la lutte contre le vice. Ainsi, l'homme saura qu'il n'a que deux endroits dans sa vie : la maison et le tombeau. 2 »
Le voile n'est donc pas uniquement un signe religieux, il est un signe religieux dans le but de promouvoir le fondamentalisme dans l'intégrisme tel qu'il est défini par Dounia Bouzar dans son livre L'intégrisme, l'islam et nous (Plon, 2007) : « Le fondamentalisme – volonté de revenir aux seuls textes fondateurs d’une religion – n’est pas nouveau, mais sa politisation (l’islamisme) est, elle, récente, à la suite de la confrontation coloniale. Avant l’islamisme, les fondamentalistes ne contestaient pas le pouvoir en tant que tel, mais exigeaient d'avoir une influence par leur “conseil au Prince”. […] L’islamisme est donc la politisation du fondamentalisme. […] S’obstiner à traiter l’intégrisme du seul point de vue culturel ou religieux, c’est avoir tout faux et faire en sorte que les intégristes aient tout vrai ! »
Devant la lutte continue et la prise de conscience de ces femmes, les quelques débats provoqués par les médias français paraissent bien saugrenus. Les prises de paroles sont vides de sens. Outre les deux ou trois représentantes du port du voile régulièrement présentes sur les plateaux ou sur les pages des journaux, des articles sont publiés avec une ignorance consternante des répercussions, petites certes mais cependant relayées, qui font l'éloge de cet habit, qui brandissent les règles de la démocratie pour jouir de la liberté de le porter :
- Kenza Drider déclare avec un aplomb, devenu la marque de sa fabrique, qu'il s'agit de « l'aboutissement d'un acheminement personnel » et « n'avoir d'obligation qu'envers Dieu ».
- Une française rebaptisée Aya affirme que « la prison, ça sera si on m'empêche d'aller et venir comme je le souhaite avec mon niqab ».
Lorsque ses arguments se réfèrent à la pure liberté du droit, l'on se demande s'il ne s'agit pas d'autopersuasion, et de ce fait, d'un repli communautaire ? Car il y a bel et bien un rejet du mode de vie et des valeurs occidentales ainsi qu'une confusion inconsciente entre la pratique de l'Islam et les images renvoyées par le monde arabe. L'Islam devient un moyen d'affirmer une identité communautaire face à des nations occidentales. Les populations issues de l'immigration se sentent économiquement rejetées et prennent à leur compte le refus de s'intégrer.
Entre les tergiversations de l'État français pour une loi sur le port du voile en France et, paradoxalement, le jugement sévère de certaines affaires comme celui de Fanny Truchelut, on retrouve également des provocations tarabiscotées à l'instar de cette tribune récemment publiée dans Rue89 où l'auteur appuie son argumentaire sur l'effet de « désérotisation » qu'elle veut imposer au monde politique. Ailleurs, on retrouve également cette étonnante comparaison où est banalisée une « burka, pas plus répugnante que le droit de se teindre les cheveux en rouge 3 » !
Comparées à la condition de la femme dans des pays où l'islam est radical, où la réalité de la femme n'a d'espoir que le combat pour les libertés du monde occidental, on regrette combien ces manifestations provoquent un abaissement des grandes causes pour en défendre des plus petites, personnelles et illusoires. Dans ces pays musulmans où la moindre avancée est une prise de risque démesurée, on regrette combien les caprices des « options spirituelles » occidentales provoquent dans les droits fondamentaux de l'Humanité des dégâts inimaginables.
« Trop souvent les Hommes ont tendance à privilégier ce qui les divise. Avec la laïcité, il faut apprendre à vivre avec ses différences dans l’horizon de l’Universel. Sans jamais oublier qu’on a des intérêts communs en tant qu’Hommes. » (Henri Pena-Ruiz, philosophe)