22.8.10

Israël-Palestine: les sceptiques ont de beaux jours devant eux !

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a promis aujourd’hui « d'étonner les sceptiques » qui doutent que les négociations directes avec les Palestiniens censées reprendre le 2 septembre puissent parvenir à des accords de paix.
« Je peux comprendre les sceptiques. Mais nous avons bien l'intention de les étonner, à condition d'avoir un partenaire sérieux » dans la négociation.
Il a réaffirmé par ailleurs qu'un tel accord devait être fondé « sur des arrangements de sécurité » satisfaisants pour Israël, sur la reconnaissance par les Palestiniens d'Israël « comme Etat du peuple juif », et mettre un « point final au conflit ».
Dès l'annonce vendredi à Washington par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton de la reprise des négociations directes, Benyamin Nétanyahou s'était félicité que l'invitation ait été formulée sans « conditions préalables », alors que les Palestiniens avaient réclamé un gel de la colonisation.

Cette brève de l’AFP pourrait donner de l’espoir, elle pourrait aussi apaiser ceux qui attendent depuis longtemps une solution à ce conflit qui ronge la région depuis 60 ans. Cette brève met en avant la volonté de paix que veut bien afficher le dirigeant israélien et nous met en position d’attendre que, en face, il va falloir que quelqu’un soit au rendez-vous et marche main dans la main vers ce « point final ».
Bien entendu, si on arrive de Mars et qu’on tombe sur cette excellente nouvelle, on a toutes les raisons de se réjouir voyant les hommes qui peuplent la Terre tendre aussi fort vers la paix.

Seulement si on arrive de Mars !

A bien relire cette brève, on sait déjà que Monsieur Nétanyahou a toutes les raisons d’expliquer, en cas d’échec des négociations, à ces sceptiques qui vont réclamer leur quart d’heure d’étonnement, que, hélas, il n’avait pas le « partenaire sérieux ». Eh oui ! Il a ouvert une porte pour nous étonner mais il en a aussi ouvert une autre pour ne rien se reprocher.
Il se réjouit également que l’invitation ait été formulée sans « conditions préalables », alors que lui en a déjà insidieusement imposée une, qui servira plus de prétexte que de base de négociation. En revanche, s’il n’y en avait qu’une, on se serait limité de sourire en se disant enfin que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie et qu’on y voit plus que du feu. Car, insidieusement encore, il y en a bien d’autres :
  1. Si les Palestiniens doivent s’assoir sur le gel de la colonisation, c’est que la colonisation doit continuer. Israël négocie donc à condition que cette colonisation ne soit pas interrompue.
  2. Si les Palestiniens doivent accepter l’accord de paix, il faut qu’ils accepte aussi qu’il soit fondé « sur des arrangements de sécurité » satisfaisants pour l’État d’Israël.
  3. Il faut aussi que les Palestiniens accepte qu’Israël soit l’État du peuple juif.

Avouez qu’il y a là une sacrée liste de conditions ! Ceux qui voudraient absolument y croire vont peut-être trouver exagéré de voir tant de mal partout.
Si le mal n’est pas partout, il pourrait en tout cas l’être puisque dans les deux derniers cas (sachant que le premier est largement lisible), tous les scénarios sont possibles, même les pires, qui, hélas, sont plus courants dans ce conflit.
  1. Si l’accord doit être fondé « sur des arrangements de sécurité » satisfaisants pour l’État d’Israël, il pourrait également mentionné des arrangements de sécurité pour les (ou l’État) Palestinien(s). Juste pour le principe, histoire de sentir une bonne volonté.
    A noter que ces « arrangements de sécurité » ont déjà eu beaucoup de formes assez effrayantes sur le terrain : blocus des territoires palestiniens, érection d’un mur de séparation… Ces arrangements pourraient aussi vouloir dire que l’État palestinien ne devrait pas être correctement armé, ne disposant pas de la liberté de ses frontières et encore moins d’un port et d’un aéroport dignes de ce nom. Ce qui voudrait dire que les organisations comme le Hamas continueront à exister, armée par des réseaux clandestins jusqu’à devenir plus fort que l’État palestinien lui-même… et revenir ainsi à la case départ, c’est à dire rendre les représentant de l’autorité palestinienne encore moins sérieux.
  2. Si les Palestiniens doivent accepter qu’Israël soit l’état du peuple juif, il faudrait par ailleurs qu’Israël garantisse un traitement correct à ceux qui ne le sont pas ! Cette mesure ouvre en effet la voie à l’expropriation, l’exil et la persécution des non-juifs. Il faudrait aussi qu’Israël accepte de démanteler ses colonisations en retour, reconnaissant par là que les terres palestiniennes sont les terres d’un État palestinien. Ça va être dur à n’en pas douter.

Cet ensemble de pirouettes dont fait preuve monsieur Nétanyahou fait penser à une autre qui est passée honteusement inaperçue. Le 11 août dernier pendant qu’il paradait avec ses vœux de bon ramadan aux musulmans, un ancien cimetière musulman à Jérusalem-ouest a vu, la veille, le 10 août, arriver des bulldozers israéliens qui ont rasé des dizaines de sépultures où plusieurs saints Soufi sont enterrés. Ce cimetière dit Ma'man Allah se situe sur un terrain où le centre Simon Wiesenthal pour la recherche des criminels nazis veut édifier un musée de la Tolérance (sic). La Cour suprême d'Israël, qui avait dans un premier temps ordonné de suspendre les travaux entamés il y a plus de cinq ans, a finalement donné son feu vert à leur reprise en janvier 2009. Devant les protestations, un porte-parole de la police a pour sa part indiqué qu'il allait examiner l’incident. Il en est où ?

19.8.10

La question difficile des droits palestiniens au Liban

Depuis mardi 17 août 2010, le Parlement libanais a adopté une loi accordant des droits civiques de base aux réfugiés palestiniens, 60 ans après leur arrivée au Liban. Cette loi permet aux Palestiniens d'être embauchés au sein d'une entreprise, alors qu’il leur était permis jusqu’à maintenant de travailler uniquement dans le secteur agricole ou les métiers du bâtiment. Les professions de soldat, policier, médecin ou avocat restent elles réservées aux Libanais.

Selon un responsable : « Le parlement a approuvé une loi levant les restrictions imposées en matière d'emploi aux réfugiés palestiniens, qui auront désormais le droit de travailler dans n'importe quel secteur ouvert aux étrangers et pourront, par ailleurs, bénéficier de prestations, dont la sécurité sociale, issues d'un fonds spécial ».

Ce responsable a préféré garder l’anonymat, un anonymat qui illustre parfaitement la délicatesse de cette question !!!

En quoi cette question est difficile et en quoi il n’était pas si simple que des « frères » libanais donnent autant à des « frères » palestiniens ?

Le Liban est un pays de quatre millions d’habitants. Le nombre de réfugiés palestiniens recensé dernièrement par l’ONU s’élève à 373 000. Ce nombre était de 250 000 à la première vague d’exil en 1948, époque où le pays était tout juste indépendant et souverain. Il a augmenté avec les événements politiques qu’a connus le Proche-Orient, surtout après le 17 septembre 1970, où l'armée jordanienne intervient massivement contre les fédayins sur son territoire et bombarde les camps de réfugiés et les bâtiments qui abritent les organisations palestiniennes. Au bout de dix jours de pilonnages, les camps sont rasés et les organisations palestiniennes doivent trouver refuge au Liban, en particulier l’OLP menée par Yasser Arafat. Les palestiniens sur le territoire libanais sont alors les plus engagés militairement et politiquement, un sommet des pays arabes allant jusqu’à leur accorder la permission d’une résistance à partir de ce petit pays.

Les derniers chiffres annoncent 2 293 000 réfugiés palestiniens vivant hors de Palestine mais étant toujours dans la région. 373 000 se trouvent au Liban, 378000 en Syrie (20 millions d’habitants), et 1 542 000 en Jordanie (6 200 000 d’habitants).

La résolution 194 de l’ONU (11 décembre 1948) reconnaît aux réfugiés palestiniens le droit au retour sur leur terre et le droit à l’indemnisation pour les biens qu’ils ont perdus. Israël, par le fait même de son admission à l’ONU, a implicitement accepté les termes de cette résolution sans jamais passer aux faits.

Depuis cette résolution, le problème du « droit au retour » des réfugiés palestiniens a été soulevé plusieurs fois, en voici les plus médiatiques :

- Lors des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993, par la Déclaration de Principes qui fut signée à la Maison Blanche sous l’égide du président Bill Clinton. Le monde entier retient la poignée de main historique échangée entre le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Le monde entier a oublié le reste.

- Lors du sommet de Camp David en juillet 2000, sous l’égide de Bill Clinton, entre Yasser Arafat et Ehoud Barak, des propositions étaient attendues. Elles furent mises de côté, le temps de médiatiser l’événement et de se féliciter d’un semblant d’accord qui n’a jamais vu réunis les deux responsables. Ces propositions n’ont jamais été établies.

- Le « droit au retour » a été ensuite au centre des négociations de Taba de janvier 2001. La délégation israélienne formule alors pour la première fois des propositions reconnaissant une responsabilité de l’Etat d’Israël dans la création du problème des réfugiés. L’article 8 stipule qu’en « ce qui concerne le retour, le rapatriement et la réinstallation, chaque réfugié devra s’inscrire dans l’un des programmes suivants, remplissant ainsi la clause de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies ». L’alinéa -a- autorise un retour « vers Israël – dans la limite convenue de XX réfugiés [le document ne comportant aucun chiffre], la priorité étant accordée aux réfugiés palestiniens qui vivent actuellement au Liban. L’Etat d’Israël reconnaît son engagement moral pour la résolution rapide du problème de la population réfugiée des camps de Sabra et de Chatila. »


Devant ces remous politiques d’envergures, l’État et le gouvernement libanais, affaiblis par des crises internes au lendemain d’une guerre qui a duré 15 ans, se sont contentés d’attendre le résultat des négociations internationales. Autrement dit, la réconciliation nationale était la priorité, reléguant le problème palestinien au dernier rang. Surtout que l’opinion publique avait en mémoire le déclenchement de la guerre civile suite à un accrochage entre palestiniens (et pro palestiniens) et des libanais chrétiens, pour qui l'implantation en masse de combattants palestiniens au Liban était un danger à la souveraineté du pays, déjà fragile politiquement.

Ceux qui connaissent les composantes de la société libanaise, pourraient alors s’indigner de constater que d’autres réfugiés, des Arméniens chassés d’Arménie, (dont certains ont trouvé refuge en Palestine à partir de 1915 !), ont accédé, eux, à des droits et des fonctions publiques et politiques, beaucoup plus rapidement.

En effet, les Arméniens constituent une communauté de 300 000 personnes qui ont, toutes, obtenu la nationalité libanaise. Cette communauté est active dans la société libanaise et a su conserver son identité. Elle est représentée par un parti politique avec des élus au Parlement Libanais. Cependant, leur implantation dans le pays s’est faite en trois étapes.

La première colonie s’implante au Liban au début du XVIIIe siècle quand commencèrent les persécutions dirigées contre les Arméniens catholiques à Constantinople et dans les provinces de l’Empire ottoman. Des religieux arméniens ont aussitôt fondé en 1749 un couvent qui est devenu le siège du Patriarcat arménien-catholique. Ce couvent a eu alors un effet aspirateur et des familles entières sont venues s’installer dans les régions chrétiennes. Certaines ont même choisi de se défaire de leur identité ethnique et de s’intégrer dans la communauté maronite.

Une deuxième vague, plus massive, a eu lieu en 1921, lorsque les troupes françaises quittèrent la Cilicie (qui correspond aujourd'hui à la province turque d'Adana), après la première guerre mondiale. Des navires français ont débarqué les Arméniens sur les côtes libanaises après des semaines d’attente au large du Liban, le temps qu’un Patriarche maronite puissent convaincre les autorités françaises. D’autres Arméniens sont arrivés par le désert de Syrie.

La troisième vague intervient en 1939 où toute la population de Sandjak d’Alexandrette, situé à l'extrémité orientale du littoral méditerranéen de la Turquie qui correspond à l'actuelle province turque du Hatay, fut implanté dans la plaine de la Békaa à Anjar où ils demeurent toujours.

Le Liban, terre historique des chrétiens d’orient, a donc facilité l’absorption de toute cette population venue enrichir la population chrétienne. Bien que la décision ne soit prise en toute liberté, et que des mouvements géopolitiques menés par des grandes puissances en ont facilité la tâche (tout comme l’ “implantation” de juifs en Palestine) et que l’approbation ait été donnée par les colonisateurs, cela a fait l’affaire des chrétiens qui ont vu leur nombre augmenter pour rester maître du pays, selon la constitution définie après l’indépendance du Liban en 1943 qui prévoyait un président chrétien (cette constitution n’a pas changé, mais le président a perdu beaucoup de pouvoir politique au dépens du premier ministre).

Le sort contraire réservé au Palestiniens au Liban (pour la majorité de confession sunnite) n’est pas seulement dû au refus des chrétiens de voir subitement la population musulmane enrichie de 370 000 personnes. On peut y voir également un veto chiite. Qu’il émane de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, ce veto est soutenu en tous cas par des régimes qui sont des acteurs majeurs dans la guerre militaire et politique menée contre Israël. Ces États luttent davantage contre l’existence de l’État juif comme « plateforme relais » à la politique de l’occident, que comme occupant privant les palestiniens de leur terre. Ces États ne verront pas d’un bon œil la croissance de l’autre branche musulmane au Liban d’autant que les pays leaders de cette branche (majoritaire dans l’islam) ont établi des traités économiques et militaires avec l’Occident sans pour autant reconnaître l’État d’Israël.

Que l’on ait des arguments pour reprocher aux Libanais d’entasser les Palestiniens dans des camps et de ne pas leur accorder les fondamentaux des droits de l’homme, c’est tout de même aller vite en besogne. Le Liban n’a jamais été à la hauteur du problème et n’a jamais eu les moyens d’y faire face avec sa propre politique. Ceci étant dit, l’ONU a plus de facilitées à distribuer l’aide internationale accordée aux réfugiés en les cantonnant dans ces territoires que sont devenus les camps. Les voir installés librement dans tout le pays l’obligerait à renforcer ses structures, étant donné qu’elle n’envisage pas d’en céder la gestion à un État libanais fébrile, instable et tenté par des arrangements entre amis. A signaler un détail et non des moindres : la normalisation de l'individu palestinien dans l'administration libanaise ferait jubiler le gouvernement israélien.

Entre la politique agressive d’Israël, celle des chants des sirènes occidentales, et celle, incohérente, des pays arabes qu’il est tenu de suivre, le Liban n’a pas la place importante qu’on veut bien lui accorder. On y ajoute ce que Jean Marguin (chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique) qualifie de faits générateurs qui ont provoqué l’installation des juifs sur des terres palestiniennes, « principalement par la volonté des puissances de l’époque, spécialement de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, et dans une moindre mesure, des Etats-Unis et de la Russie », cela fait beaucoup trop pour ce rôle d’acteur loin d’être taillé sur mesure.