22.2.10

« Lebanon » : De l'abjection encore…

A quelques jours de la sortie en France du film israélien « Lebanon », de Samuel Maoz, j’ai publié une tribune sur le site internet français Rue89. Partenaire de la sortie du film en France, ce site d’information lui offrait, et lui offre toujours, un soutien publicitaire tout naturellement accompagné d’éloges dithyrambiques. Il a, malgré tout, aimablement accepté de rendre public « la colère » d’un Libanais.

Je m’étonnais alors de cet engouement des institutions et des critiques cinématographiques pour ce nouveau genre, visiblement propre au cinéma israélien, qui consiste à mettre en scène un épisode des guerres au Liban par ceux qui les ont menées, autrement dit des soldats devenus cinéastes.
Je n’avais pas vu ce film à l’écriture de cette tribune. Il m’a donc été reproché d’en parler. Certains n’ont pas compris ma consternation devant le travestissement de l’Histoire par l’esthétique affable du cinéma, vue de la lorgnette psychodramatique chère à certains distributeurs de prix ; ni l’indignation de voir juxtaposées la douleur de toute une population encore dans le deuil et les paillettes de la gloire offerte aux états d’âme de quelques soldats.

Oui, il y a un devoir moral pour aborder ces sujets dans des œuvres à la portée médiatique. Ce devoir perverti à plusieurs reprises constitue une insulte, le couvrir de prix est une caution du mépris. Que l’on brandisse la qualité de la réalisation ou quelque intention pacifique importe peu, il s’agit de douleurs persistantes et réveillées à chaque conflit. Le pardon par le cinéma, s’il en est, n’a le goût de rien devant les intentions belliqueuses encore affichées sur ce front.

Cependant, je suis allé voir ce film.

Il n’est pas question pour moi d’en faire une critique cinématographique, ma réaction va au-delà. Elle va là où nous sommes les seuls à pouvoir aller, en tant que Libanais, en tant que peuple qui a longuement et durement subi ces guerres, qu’elles soient faites en notre nom ou pas, nous les avons vécues. Car ce qui est d’abord très curieux, c’est que ce film a pour titre « Lebanon ». Cette idée de marketing saugrenue annonce d’emblée la légèreté idéologique. A ma connaissance, il n’y a aucun film, de ou sur la guerre, qui porte tout bonnement le seul nom de l’« autre », parce qu’aucun autre réalisateur n’a eu la mauvaise foi d’étaler ses tortueux états d’âme en donnant à ses maux un nom aussi accusateur. C’est un film qui aurait mérité le nom de « Tsahal », ou encore « Paix en Galilée », appellation officielle de cette intervention militaire…

A en croire la critique et la présentation sommaire, tout comme Ari Folman avec Valse avec Bachir, Samuel Maoz fait un aveu au monde : la guerre est une chose horrible ! Les réelles images des enfants disloqués, des mères en pleurs, des villages en ruines, de tout un pays dévasté, n’ont en leur temps jamais suffi à un tel constat. Ces images sont toujours difficiles à regarder : en Occident, au nom d’une certaine dignité humaine, il est préférable de ne pas en faire la diffusion et chacun se protège, se voile la face, pour ne pas être réellement atteint par de telles atrocités dont on peut, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, accuser de manipuler des esprits. Les médias y contribuent au nom de l’éthique.
Car dans beaucoup de pays, y compris le nôtre, dès qu’une guerre pointe à l’horizon, l’opinion publique est invitée à servir l’engagement politique de sa nation par une totale adhésion et à accepter les choix des reportages télévisuels comme la garantie de sa propre sécurité. Entre les citoyens devenus spectateurs et l’armée, qui en est alors l’acteur essentiel, la solidarité est assurée par une médiation directement confiée à la télévision en tant que porte-parole. Face à ce porte-parole, Pierre Bourdieu déplorait dans son livre L’opinion publique n’existe pas, Questions de sociologie (Editions de minuit) l’approbation par le silence ou l’absence de démenti. Parfois, le cinéma joue inconsciemment le même rôle !

En effet, bien qu’il soit question des horreurs de la guerre, il n’est pas question de toutes les horreurs de la guerre. Dans leurs deux films autobiographiques, Folman (pour Valse avec Bachir) et Maoz (pour Lebanon) parlent de celles qu’ils ont vécues, en prenant soin de rester à distance de la réalité globale ; pour l’un, à travers la technique du dessin animé ; pour l’autre, par la volonté d’en confiner l’histoire à l’intérieur d’un tank, avec l’unique regard vers l’extérieur que donne le viseur du poste de tir.
A travers ce viseur matérialisé par la croix d’une mire, les images de l’« extérieur », mis à part celles qui rendent compte des soldats accompagnant à pied la progression du char, illustrent par leurs choix les bons sentiments de ces valeureux guerriers. Je n’en retiens que deux : le zoom sur un âne éventré, toujours en vie, la larme à l’œil, ainsi que la scène d’une libanaise dont la robe prend feu, lorsque à moitié dénudée, elle se voit offrir une couverture par le chef de l’unité israélienne. Il y en a bien d’autres : corps calcinés, corps mutilés, cadavres ensanglantés… Mais ces scènes relèvent de ce que Jean-Luc Godard qualifie purement et simplement d’images pornographiques tant : « il y a quelque chose non pas d’immoral, mais d’amoral, à montrer ainsi l’amour ou l’horreur avec les mêmes gros plans ».

Par le choix compulsif – je l’avoue – de ces deux scènes, je ne vous invite pas à en tirer les conclusions grotesques voulues par le réalisateur, mais, à vrai dire, à partager le sentiment abject qu’elles procurent ! De l’abjection empruntée à Jacques Rivette et du sentiment que « la gravité de certains sujets implique la plus grande rigueur», que « toute inconséquence condamne le réalisateur, même drapé dans sa bonne conscience politique, et confirme son inanité cinématographique ». Maoz et Folman doivent savoir de quoi je parle, Rivette faisait alors la critique, dans les Cahiers du Cinéma, du film « Kapo » sur les camps de concentrations !!! Car il est vrai que « le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est difficile, lorsqu’on entreprend un film sur un tel sujet […], de ne pas se poser certaines questions préalables ». Ils auraient donc négligé de se les poser ? Soit. Tous ceux qui les ont distingués, auraient-ils fait de même et seraient alors très loin de ces considérations politiques ?
Je rajoute, avec la véhémence de Rivette, que l'homme qui décide de pleurer les souffrances d’un âne dans une guerre responsable de milliers de victimes, que l’homme qui décide qu’une femme se plaît à fixer des yeux un char pendant plus de dix secondes alors qu’elle vient de voir mourir sa fille, que cette même femme est tendrement recouverte d’un drap par un soldat, « cet homme n'a droit qu'au plus profond mépris » car cet homme triche et ment. Ceux qui ont distingué cet homme, victimes ou pas de son leurre, sont tout aussi « méprisables ». « Faire un film, c'est donc montrer certaines choses, c'est en même temps, et par la même opération, les montrer d'un certain biais ; ces deux actes étant rigoureusement indissociables. […] Toute approche du fait cinématographique qui entreprend de substituer l'addition à la synthèse, l'analyse à l'unité, nous renvoie aussitôt à une rhétorique d'images qui n'a pas plus à voir avec le fait cinématographique que le dessin industriel avec le fait pictural », écrivait Rivette.

Nos choix nous jugent. Ainsi les choix du réalisateur (notamment de laisser toute la cruauté de cette guerre à un phalangiste dans une scène rapportée), le choix du jury de la Mostra de Venise de discerner le lion d’or à ce film, ne suffisent pas à défendre une telle rhétorique. Même si elle est aveu, cet aveu, dit dans le dos des victimes, ressemble à un chuchotement, une messe basse, dans l’oreille de l’Occident tendue par le biais du médium cinématographique.

Sans doute que, de cette manière, les choses passent mieux. Sans doute que, de cette manière, le Figaro se donne raison de titrer maladroitement un article sur ce film : « Avoir vingt ans au Liban ». Sans doute que, de cette manière, il est normal que Google affiche en première position le film sur une recherche avec le mot « Lebanon ». Sans doute que, de cette manière, notre blessure devant cette œuvre restera aussi secondaire et hélas ordinaire que des dommages collatéraux… Parce que le doute est bien ce dont Maoz semble le plus dépourvu.

20.2.10

La guerre du T-shirt

Cela s’est passé hier, rapporté dans une nouvelle de l’AFP relayée par LibéLyon. Voici grosso modo de quoi il s’agit : une jeune fille de 16 ans d'un collège de Villefranche-sur-Saône a été exclue trois jours de l'établissement pour « prosélytisme » après avoir porté en cours un tee-shirt « Palestine libre ».
Sur un autre site, il est dit que son professeur d’histoire avait, dans un cours précédent, fait l’éloge d’Israël et repris à son compte et devant les élèves toute la rhétorique justifiant la colonisation de la Palestine. Du coup, Zeyneb, la jeune fille, décide de s’opposer à « cette propagande indigne d’un fonctionnaire de la République en venant le lendemain en classe avec un tee-shirt : Palestine libre ». Sommée alors de cacher son tee-shirt ou de quitter le cours, Zeyneb, choquée et humiliée par les cris de son professeur, a préféré sortir de classe. Le professeur s’en est alors pris aux défenseurs de la cause palestinienne, les taxant de « charlots » et de « charlatans ». Du coup, la direction du collège prévoit une sanction envers la jeune fille qui prendra effet le 2 mars, après la rentrée des vacances d'hiver, devant les faits commis, à savoir : « acte de prosélytisme et départ d'un cours sans autorisation avec refus d'obéissance ». Le collège qualifie de faute grave l’attitude la fille justifiant une sanction disciplinaire.

Je me fais fort de mettre de côté le « slogan » de la discorde, cet épineux sujet qui déchaine très vite tous les délires et toutes les haines.
Ce dont je veux juste parler est bien le port du T-shirt flanqué d’un message, je veux juste dénoncer ce degré inconséquent de lecture faite par ce professeur.
Je me souviens d’un temps où il était interdit d’interdire, nous nous parions alors de tous les messages, aussi provocant soient-ils. Je me souviens d’une époque où toute notre rage était là, sur un bout de tissus que l’on arborait fièrement. Qu’il s’agisse du Che, de l’étoile rouge révolutionnaire, de Fuck The Police, du A d’anarchie, du No Future, du Destroy… Nous étions là, tout était là, nous existions. Nous construisions une vie avec des mots qui devenaient des signes, des symboles, où la lecture comptait peu, où les images de nos rocks stars déjantés voulaient dire au monde de quel bord nous étions et ce que nous pensions du système et de la société. Nous donnions aux mots un sens avec des moyens indirects pour mettre à l'épreuve les théories des linguistes, pour mettre à l’épreuve la cognition, la capacité de l’esprit humain à manipuler et saisir des concepts.
Nous offrions des signes pour permettre à l’autre des significations. Nous nous accaparions des formes visuelles pour en faire du sens avec toute une ribambelle de conséquences qui échappaient à notre conscience : seul le résultat comptait. Quoi de plus simple en apparence ? Tout ce que nous voulions faire, c'était inventer de nouvelles réactions. Qu'est-ce que le sens d'un mot ou plusieurs mots isolés et portés sur un vêtement ? Pourquoi ces mots prennent une nouvelle portée à s’afficher de la sorte ? Comment, sous la bannière de la contestation, un groupe non négligeable d’individus avait décidé de porter le foulard palestinien ou les symboles d’un communisme aujourd’hui révolu ?
Je ne saurai pas répondre, mais comme beaucoup d’entre nous, j’ai vécu ces temps et je m’y suis épanoui, au lendemain de 68 et à l’aube d’une société craintive et sécuritaire. Je regrette que mes enfants ne puissent profiter de ces petites libertés, qu’ils subissent les foudres d’une société qui oscille entre la paranoïa et l’intolérance.

4.2.10

« Lebanon », lion d'or à la Mostra de Venise : Distinction sur le lieu du crime

L'Israélien Samuel Maoz, 47 ans, a triomphé à la 66e Mostra de Venise avec un premier film autobiographique « écrit avec ses tripes », qui montre les horreurs de la guerre à travers le viseur d'un char.

En septembre 2009, la nouvelle de l'AFP ajoute que le cinéaste s'est exclamé en recevant son prix des mains du président du jury, l'Américano-taïwanais Ang Lee :

« Merci pour ce bonheur. Je dédie ce prix aux milliers de personnes à travers le monde qui comme moi sont retournées de la guerre saines et sauves. Apparemment, elles vont bien, elles sont mariées, elles ont des enfants, mais à l'intérieur elles ont dû apprendre à vivre avec leur douleur ».

A quelques jours de sa sortie, Rue89 en fait la réclame depuis lundi et une bannière vue sur son site, posée en haut à droite, annonce le film avec des extraits d'éloges dithyrambiques…

Ce film autobiographique fait vivre le début de la première guerre du Liban en 1982, à travers la meurtrière avancée d'un tank israélien. Traumatisé par des combats où, jeune soldat de vingt ans, ce natif de Tel Aviv fut tireur dans un blindé, Maoz a mis 25 ans à en tirer ce film « puissant, » à « rebours de tout héroïsme », qui « montre la guerre avec une radicale nouveauté » nourrie des douloureux souvenirs de son réalisateur,

Ainsi, un nouvel hommage est rendu au cinéma israélien, après Valse avec Bachir, un autre film israélien qui a obtenu de nombreux prix dans le monde, dont le Golden Globe Award du meilleur film étranger et le César du meilleur film étranger en 2009, et était en compétition pour la Palme d'Or 2008 et l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2009.

Un critique français avait rapporté que la salle, le public et le jury de Cannes, étaient fortement impressionnés par ce film où le jeune soldat et futur réalisateur du film, Ari Folman, fait son service militaire dans l'armée de son pays et vit le reste de sa vie avec une culpabilité freudienne sans se souvenir de rien. Plus aucun souvenir, alors qu'il était là, à quelques centaines de mètres des camps palestiniens, au moment des massacres de Sabra et Chatila.

Du succès rencontré par le premier film à celui annoncé pour le deuxième, je me retrouve étrangement envahi de sentiments confus. Je ne pense pas être le seul, et beaucoup d'autres Libanais doivent en être tout aussi ébahis. Ce qui m'anime est difficile à décrire, en prenant soin d'éviter l'étalage des haines ordinaires et sans intérêt, j'ai une sourde et étrange colère face à ce que je ressens comme tribulations dans les valeurs culturelles.

Beaucoup plus tôt, il y a pratiquement 25 ans, un journaliste britannique « de renommée internationale, spécialiste du Proche-Orient » (RSF), Robert Fisk, dénoncait les massacres de Sabra et Chatila. Pour ses positions, il a été l'objet de nombreuses critiques et menaces dans le monde anglo-saxon, pour les critiques qu'il a exprimées à l'égard des politiques israélienne et américaine dans la région. Il disait pourtant que « le Moyen-Orient n'est pas un jeu de photos, c'est une tragédie, c'est du sang. » Il le prouve merveilleusement dans son ouvrage Liban, nation martyr.

Bernard Wallet, éditeur emblématique des éditions Verticales, en poste à Beyrouth pour les éditions Gallimard dans les années 1970-1980, évoque « ses amis [qui] préfèrent dédaigner les événements irréfragables dont il a été témoin effaré, plutôt que de renoncer à l'idée qu'ils s'en font » dans son livre « Paysage avec palmiers »… et depuis rien !

Qu'est ce qui vaut alors que les uns soient écoutés et les autres à peine ? Qu'est ce qui donne au bourreau plus reconnaissance dans la reconstitution de l'histoire ? Qu'est ce qui fait que l'on soit admiratif devant un cinéaste qui « écrit avec les tripes » et que l'on ferme les yeux devant les victimes qui font son film quand elles ont les tripes à l'air ? Qui est ce qui donne à ceux qui produisent les carnages le droit à la poésie et l'admiration de la critique ? Est-ce la logique des choses que de perpétuer les massacres et d'en faire des films « impressionnants » ?

L'armée israélienne envahit le Liban plusieurs fois, en 1978, en 1982, provoquant à chaque fois plusieurs massacres. Elle lance deux offensives sanglantes en 1996 et en 2006. Elle occupe une bande frontalière au Sud Liban pendant plus de vingt ans, elle va jusqu'à placer des antennes du Ministère de l'intérieur israélien à Nabatiyé et Saïda, ainsi que de nombreux centres de détentions et d'interrogatoires, comme à Bent-Jbeil, le camp d'Ansar ou à la prison de Khiam.

En plus de la logistique fournie lors de massacre de Sabra et Chatila, elle participe directement à deux massacres autour de Beiteddine, et un dans les faubourgs de Hazmieh.

Le 18 avril 1996, au cours d'un bombardement, l'artillerie israélienne bombarde un camp de réfugiés des Nations Unies à Qana, prétextant une erreur de tir. Le bilan de ce massacre du camp est dramatique : 104 civils désarmés sont tués et plusieurs dizaines de blessés sont comptabilisés. Les casques bleus comptent aussi parmi les victimes.

Un film amateur tourné durant l'attaque par un soldat de l'ONU confirme que l'attaque israélienne semble délibérée et ne constitue en rien une « erreur de tir » comme le déclare alors le gouvernement israélien. Cette vidéo n'a pas été prise en compte dans l'enquête qui s'en suit. Interrogé sur l'effet du largage de la bombe sur Qana, le pilote répond avoir ressenti une petite secousse au niveau de l'appareil. A quand son film qui nous en dira plus !

L'histoire et les souffrances de mon pays se racontent par ses agresseurs, pire encore, elles font office de thérapie de déculpabilisation. Le jour de la remise du Lion d'or, le film primé est dédié à tous ceux qui sont revenus sains et saufs, il ne rend aucunement hommage à ceux massacrés et tués sur place pendant les excursions sanglantes et barbares.

Le film semble « émouvant » pour ceux qui ne manifestaient, en leurs temps, que de l'indifférence aux faits réels qui en font l'histoire. Une consécration pour ceux qui ont semé des bombes à fragmentation, au phosphore et au napalm, et qui récoltent aujourd'hui de très hautes distinctions culturelles… en or.

Je n'ai pas vu ce film. Sans doute, je le verrai un jour. Je suis certain que je ne pourrai pas le voir avec les yeux du cinéphile que je suis, mes yeux ont vu beaucoup trop de choses dont il est justement question, je ne les ai pas oubliées et rien ne pourra venir les couvrir d'aucun voile, aussi culturel soit-il.

Je ne serai pas le bon spectateur car je porterai la mémoire des horreurs vécues et je ne verrai ces images autrement qu'en ramassis de cynisme. Le pardon par le cinéma, s'il en est, ne suffira jamais. Le cinéma retrouverait mieux ses lettres de noblesse en allant proposer ses moyens d'expression, au moins en alternative, aux milieux éternellement déshérités des victimes de ses guerres, mais comment faire ?

Valse avec Bachir avait annoncé la couleur de ce cynisme avec les dernières images réelles tournées par une équipe anglaise où le film s'arrête sur le cri de désespoir d'une femme palestinienne lancé à la caméra : Wayn el arab ? (Où sont les Arabes ? ). A cet instant, le doute même sur l'existence réelle des « Arabes » nous envahit et une partie de notre identité s'est subitement envolée dans une œuvre israélienne.

L'autre partie vient de s'ébranler dans cette deuxième œuvre de la même nationalité, sur le même sujet, comme un arrogant coupable qui revient sur le lieu du crime. Comble de la dépossession, elle s'intitule Lebanon.