3.12.10

Wikileaks : Course poursuite sur les voies virtuelles

Quelle semaine de ouf !!! Les politico-geeks ne savent plus quoi faire de leurs dix doigts. WikiLeaks est chassé de partout, et, pour le suivre, il ne faut pas lâcher twitter des yeux.

Wikileaks viré de chez Amazon
Le site Internet qui a entrepris depuis une semaine de révéler des notes confidentielles de la diplomatie américaine a vécu les inconvénients de la traque dont il est l’objet.
Cédant à une pression politique, son hébergeur Amazon, avait choisi de se débarrasser de son client pour une histoire de violations de conditions d'utilisation. En gros, il ne dispose pas des droits de publier les documents confidentiels et mettait en péril la vie d'innocents. En réalité, Amazon vient de l’expulser pour la simple raison que son hébergement n’est plus une affaire si simple.
Il est cependant rare que les hébergeurs décident d'eux-mêmes de ne plus héberger un site. La décision est généralement laissée à la justice, afin de préserver leur neutralité.
Wikileaks annonce sur twitter : «Nos dollars vont désormais être dépensés pour employer des personnes en Europe», avait annoncé l'organisation sur Twitter. C’est chose faite. Le traçage d’adresse IP montrait que WikiLeaks est hébergé en France sur les serveurs de la société OVH, l’un des plus importants hébergeurs en Europe. WikiLeaks est aussi hébergé en Suède, où un mandat d’arrêt international a été lancé contre Julien Assange, soupçonné de viol dans ce pays.

Wikileaks.org, Wikileaks.ch, puis Wikileaks.org
Dans la foulée, EveryDNS, le principal fournisseur gratuit de noms de domaine, a aussi suspendu le nom de domaine wikileaks.org. EveryDNS.net, a indiqué avoir été contraint de prendre cette décision à la suite des attaques massives dont il a fait l'objet. Ces attaques informatiques par déni de service (DDOS) consistent à contrôler des dizaines de milliers d'ordinateurs à distance et les envoyer simultanément sur un site pour chercher à le saturer de connexions et à le rendre inaccessible. Bilan : une coupure de six heures vendredi 3 décembre pour Wikileaks.
Wikileaks annonce sur twitter : «Domaine WikiLeaks.org tué par Américain everyDNS.net après allégations d'attaques massives». EveryDNS est une entreprise américaine.
Depuis, Wikileaks renaît de ces cendres avec une adresse suisse, passant de wikileaks.org à wikileaks.ch. Entre temps, son nom de domaine d'origine a été réactivé, mais rien ne s’affiche actuellement à cette adresse bien qu’elle soit toujours proposée par Google.

La touche Eric Besson
Après le sénateur américain Joe Lieberman qui a salué la décision d'Amazon et qui a exhorté tous les autres groupes à laisser tomber WikiLeaks, c’est notre Eric Besson national qui relaye cette attitude sur le sol français. Le ministre français de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, a demandé par écrit au Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET), de mettre fin à l’hébergement du site en France, accusé de violation du secret diplomatique : « Cette situation n’est pas acceptable. La France ne peut héberger des sites internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique», selon les termes de la lettre adressée par le ministre au vice-président du CGIET. «On ne peut héberger des sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d’autres Etats en raison d’atteintes qu’ils portent à leurs droits fondamentaux». Il reprend l’argumentation de Joe Lieberman. «Les actions illégales, scandaleuses et imprudentes de WikiLeaks ont compromis notre sécurité nationale et mis des vies en danger à travers le monde», avait dit l'élu américain.

Les multiples centres d’hébergement des données de Wikileaks
D'après ZDNet, qui avait dévoilé l'hébergement par OVH de WikiLeaks, les données du site se partageraient entre la France, la Suède et les Etats-Unis. La société suédoise Bahnhof aurait confirmé à ZDNet qu'elle hébergeait deux serveurs de WikiLeaks, en particulier la page Collateralmurder.com, qui contient la vidéo d'un hélicoptère de l'armée américaine tirant sur des civils irakiens.
ZDNet affirme que OVH héberge, de son côté, les pages Wikileaks.ch et Cablegate.wikileaks.org (ne répond actuellement plus), qui contiennent les fameux câbles diplomatiques.
Toujours selon ZDNet, les pages des War Logs d'Irak et d'Afghanistan seraient hébergées aux Etats-Unis par le Massachusetts Institute of Technology (MIT), sans aucune confirmation officielle. Les pages en question sont actuellement sous le coup d'une cyberattaque. Sur la page d’accueil, un lien est proposé pour une redirection vers thepiratebay.org, site basé au Pays-Bas, où on peut télécharger le fichier des War Logs sur son disque dur.

Les tribulations du site de Julien Assange ne s’arrêteront sans doute pas là. Et certaines informations données ici sont peut-être déjà obsolètes !

18.11.10

Le Juppé nouveau est arrivé

Je viens de recevoir une invitation pour l’inauguration des prochaines expositions au Capc envoyée « avec plaisir » par le maire de Bordeaux himself, Alain Juppé. Ce titre, qui tient en une ligne, résume le triste sort d’un homme battu lors des législatives en 2007 où la règle du jeu était implacable : le perdant quittait le gouvernement fraichement mis en place par Nicolas Sarkozy. L’élu du peuple à la plus haute fonction ne voulait que des winners dans son équipe et gare au maillon faible. Alain Juppé avait perdu la partie contre la socialiste Michèle Delaunay, ce qui aurait fait tache dans la magnifique myriade de jeunes battants qu’étaient les hommes du Président. Le lot de consolation : la mairie de Bordeaux.

La soupe populiste

Pas démonté le cheval de Chirac qui a fini sa course RPR au Québec après une condamnation pénale, il assure ne pas s’en faire. Il a failli piétiner à coup de sabots un pauvre journaliste qui lui avait demandé « comment ça va ce matin ? »
- Vous voudriez que j’aille mal pour pouvoir vous en délectez, n’est ce pas ?, avait alors répondu l’énarque au manche à balai.
Mais depuis, le poulain tenté par Venise a bien redressé sa course. Il a juré/craché de ne plus jamais partir de Bordeaux. La raison est aussi naturelle qu’un compliment de faux-cul : « il y avait incompatibilité entre sa fonction de maire et un portefeuille ministériel. » Il devait savoir que seuls les imbéciles ne changeaient pas d’avis et qu’autour de lui il y en avait assez pour applaudir le changement du sien.
S’il a promis ne plus jamais manger des cerises en hiver, il n’a pas boudé l’eau de la fontaine gouvernementale. Après avoir survolé la mêlée présidentielle sur la route des Roms et l’engagement de la France en Afghanistan ; il réclame aujourd’hui son bol de soupe et sert en échange sa soupe populiste : « Je demande aux Bordelais de comprendre qu'il y a des périodes où il faut savoir mouiller la chemise pour son pays. »

L’insupportable légèreté des lettres

Alain Juppé a été parmi les premiers hommes politiques à ouvrir un blog et un des premiers ministres à quitter son ministère (l’écologie) un mois jour pour jour après y être entré. Échaudé, le maire de Bordeaux jure les grands dieux à coup de billets (sur son blog) qu'on ne l'y prendrait plus : « Je lis pourtant, ici ou là, que je préparerais mon retour au gouvernement. Alors, soyons clair : ce n’est pas mon intention.
Ensuite, je me suis engagé, vis à vis des Bordelais, à exercer pleinement la fonction de maire qu’ils m’ont confiée. Or, il y a, à mes yeux, incompatibilité entre cette fonction et un poste ministériel. On ne peut pas tout faire à la fois.
Mais, me dira-t-on, vous avez affirmé que vous étiez disponible pour servir. Je le confirme. Il y a bien des façons de servir ses concitoyens et son pays. »
Moralité : on ne peut pas tout faire à la fois, mais on peut tout de même avoir plusieurs discours. France Inter signalait ce matin que tous ces billets ont été supprimés du blog. C’est la magie du Net (quand on ne l’est pas). Pas vu, pas repris !

« Je ne suis pas sûr qu'on ait gagné à perdre notre position originale. »

Mais que serait la politique sans les grands changements… d’avis ?
Juppé, qui a d’abord critiqué la réintégration de la France dans l’Alliance Atlantique et le projet américain d’un bouclier anti-missile de l’Otan, va sortir sa belle plume pour enfin signer le « marché de dupes » ce week end à Lisbonne.
Juppé, qui a non seulement accepter d'être le numéro 2 du gouvernement, a fait part de son intention de pousser mémé dans les orties et de reprendre la 2ème circonscription tombée aux mains de la socialiste Michèle.
Juppé, auteur de la désormais célèbre tirade périmée « je ne suis pas sûr qu'on ait gagné à perdre notre position originale », nous sert aujourd’hui les couleuvres à la bordelaise en guise de lamproies et nous beurre les tartines avec « 50 minutes » à peine pour faire Paris – Bordeaux.
Juppé assure que ses ouailles feraient correctement son boulot. Rappelez-vous la remarquable mise au chaud de la mairie pendant qu’il sirotait du jus d’érable en sursis.
« [j’ai] entendu les mécontentements des uns et des autres. Il est vrai que j'avais déclaré que je ne souhaitais pas exercer des fonctions locales et nationales [mais] le contexte a changé et chacun a le droit d'évoluer et de s'adapter. […] Il n'est interdit à personne de changer d'avis ». En espérant que ses électeurs fassent de même…

26.10.10

Shéhérazade morte étranglée par une femme arabe en colère

Shahryar, roi perse, a été trompé par sa femme. Pour se venger, il épouse chaque jour une vierge qu’il tue au matin de la nuit de noces, convaincu de la déloyauté et de la tromperie de toutes les femmes.
Pour cesser le massacre, Shéhérazade, fille aînée du vizir, décide de se marier avec le roi et de lui raconter, chaque soir, une histoire palpitante sans la terminer. Son époux lui laisse ainsi la vie sauve une journée de plus pour connaître la suite. Son plan durera mille et une nuits, trois ans, au bout desquelles Shéhérazade racontera mille et une histoires, tenant le roi en haleine. Celui-ci, reconnaissant les qualités de sa femme, abandonna sa résolution et restera avec elle le restant de sa vie.
Si, depuis des siècles, Shéhérazade a eu la vie sauve en menant un homme par le bout du nez, elle fut récemment assassinée par une femme sans ménagement. Elle l’a étranglée de ses mains

Joumana Haddad vient de tuer Shéhérazade dans un livre paru le 14 octobre (J’ai tué Shéhérazade, Joumana Haddad, Sindbad/Acte Sud, octobre 2010). Elle voulait en finir avec ce « complot » qui invite à la soumission, à l’abnégation devant la cruauté, et qui encourage la femme « à satisfaire l’homme ».
Ce livre écrit en langue anglaise, par une écrivaine libanaise, est une réponse à la question maladroite d’une journaliste occidentale (les détails sont dans le livre). C’est le portrait d’une femme d’Orient tourné vers le reste du monde. Bien qu’il y soit question d’elle-même, cet autoportrait n’est pas que narcissique, il est aussi une preuve que la femme arabe tient à défendre, becs et ongles, son rôle dans la société. Les clichés lui pèsent et elle a la force d’en découdre.
Qualifier cet autoportrait de narcissique n’a rien d’une attaque : « qui a dit que c’était si mal d’être narcissique ? ». Elle le demande elle-même dans son ouvrage. La femme qui y est décrite lui va à merveille, car Joumana Haddad est belle (et rebelle). On partagerait volontiers ses cauchemars qui l’ont hantée pendant deux semaines après cette menace reçue par mail : « Nous prions qu’on te lance de l’acide en pleine face. »

Joumana Haddad vient de tuer Shéhérazade et avec elle toutes les métaphores chères à la langue arabe. Elle égratigne au passage tous ceux qui, nombreux et parfois talentueux, prennent des détours pour évoquer les parties délicates du corps. Le ton moqueur de son réquisitoire pourrait nous faire croire à une boutade. Mais non, c’est sérieux. Il faut appeler un chat un chat, et une chatte une chatte.
À la poubelle tous les « sabres, colonnes, piliers… et toute l’armada des métaphores phalliques » pour évoquer le sexe masculin. Au diable « les monts et collines, les pommes et poires » pour décrire le sein d’une femme. Au feu « les fleurs de paradis, les lèvres célestes et les seuils du volcan » pour parler d’un clitoris. Foutaises, hypocrisies et balivernes. Elle en veut pour preuve un extrait de La Prairie Parfumée de Nefzaoui, datant du début du XVe siècle, qui n’y est pas allé par quatre chemins pour mettre un pénis dans un con. Elle rejoint, à l’autre bout de la Méditerranée, Michel Houellebecq : « La littérature érotique pèche souvent par un excès de métaphores ridicules. Elle joue sur l'interdit et accumule les fantasmes. » (Entretien avec Catherine Argand).
Le problème est partout, ce n’est donc pas un problème, c’est un choix. Anaïs Nin, citée dans le livre, avait prévenu : « Nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont, nous les voyons telles que nous sommes ». C’est sans doute pour cela que Charles Baudelaire est unique, Nizar Qabbani aussi, et Joumana Haddad, sans aucun doute.

Joumana Haddad vient de tuer Shéhérazade et avec elle le mythe de Beyrouth, les vénérations religieuses, les traditions et les mœurs sociaux.
Cependant cette « ultra féminine », qui aime se pomponner, qui aime la dignité masculine, qui aime qu’un homme paie l’addition d’un repas au restaurant, n’a pas peur des contradictions. Et là, en avant les vivas et les applaudissements. Car sans les contradictions, on serait tous prévisibles et insipides. Elle même – qui prévient le lecteur à la fin de son livre que s’il croit enfin la connaître, elle a, entre temps, « changé de façon radicale » – en a parsemé par ci, par là. Elle s’est aussi posée sur un florilège de citations, dispersées à intervalles réguliers comme des ampoules sur une guirlande. Elle s’est servi de chacune et a apporté tout au long du livre de l’eau à son moulin. La belle parleuse fait taire tout le monde et refait le monde, s’emporte dans un feu nourri contre les notions bancales de la société et se lance à l’assaut des comètes.

Joumana Haddad vient de tuer Shéhérazade et avec elle, ni plus ni moins, l’interdit. Elle fouette la censure, pend les censeures par les couilles et fait la chasse aux chasseurs de sorcières. On en reste bouche bée devant tant d’appétit, mais il est, au fond, logique d’en demander autant quand on a été aussi longtemps affamé. La liste énoncée est longue, les courbettes devant Man Ray, Mapplethorpe, Courbet, Polanski, Nabokov… sont purement fausses si l’on constate que ceux qui se penchent si bas qualifient de dépravation, décadence, toute création locale – arabe ou libanaise – qui en tirent inspiration. Et elle sait de quoi elle parle Joumana Haddad, elle est non seulement prolifique en poésie érotique, elle est aussi fondatrice du magazine JASAD (corps en arabe) qui explore le corps dans la culture et la création.
En un mot, il y a dans ce livre du courage à revendre. L’auteur expose ses théories méthodiquement. Comme elle a découvert Sade à 12 ans, elle en donne le conseil à toutes les adolescentes de cet âge. Effet garanti : une libido non conformiste. Les hommes sont prévenus. Les barbus sont sur les nerfs.

Chère Joumana Haddad, vous venez de tuer Shéhérazade sans aucun remords et pas l’once de culpabilité ne vous ronge. Un crime pour une belle cause que nous applaudissons parce que, de là où vous êtes, nous serions inconsistants si l’on ne reconnaît pas votre immense culot.
Mais le bât nous blesse.
Car, soyons honnêtes, nous, les hommes, aimons bien les Shéhérazade, celles qui se jouent de nous avec tact, malice et intelligence que vous jetez là avec l’eau du bain.
Nous oserons juste imaginer que vous reviendrez nous rassurer en disant que c’était un coup monté, que Shéhérazade est bien vivante, que vous vous étiez mises d’accord pour une énième ruse. Mais vous n’avez pas l’air de plaisanter, et vous n’êtes pas du genre qui dit non pour dire oui.
Par pitié, rendez-nous cette femme. Laissez-nous l’icône de l'impossible qui a abattu les murailles de la raison et dépassé les frontières religieuses, nationales et culturelles. Remettez devant nos yeux la silhouette de cette femme, aimée et amoureuse, pour des rêves éveillés.
Ne vous êtes-vous pas trompée de coupable ? Ne vous seriez-vous pas emportée par votre cause au point de confondre Shéhérazade avec Barbie dont vous aviez, petite, une sainte horreur ? Ne fallait-il pas sacrifier votre chère Justine, symbole de soumission, de docilité et d’asservissement ? Qu’en dites-vous ? Ce serait dommage qu’un mauvais verdict vienne obscurcir vos si justes valeurs alors que, vous le savez, nous en partageons vivement certaines.

10.10.10

Presse : Quand l'image fait l'info

La couverture de L’Express de cette semaine présente la photo d'un minaret éclairé et un clocher dans l’ombre en arrière plan. Un titre occupe le reste de la couverture : L'occident face à l'Islam. La lecture de cette image est basique :
1- l’islam gagne les pays chrétiens.
2- Il est très visible.
3- La religion chrétienne perd du terrain.

Pour illustrer le même sujet, une photographie d’une tête blonde tout sourire aux côtés d'une tête voilée aurait annoncé un contenu apaisant, le sentiment que l’Islam n’est pas forcément un danger et qu’il est très bien assimilé par les européens. Ce n’est manifestement pas l’effet voulu par L’Express. Toutes les voies proposées par sa couverture conduisent à craindre un sérieux conflit entre les religions et d’en devenir même un farouche partisan.

Souvent dans la presse, hormis une volontaire orientation, le choix de l’image va dans le sens du sujet. Par exemple, les photos choisies pour illustrer les articles sur Nicolas Sarkozy, sorties des archives, viennent appuyer la teneur de l’article.
Un article sur « La chute de Sarkozy dans les sondages » est forcément accompagné d’une photo d’un Sarkozy grimaçant ou l’air grave. Une manière de soutenir le titre et de nous faire croire qu’il avait vraiment cette tête là quand il a appris son recul dans les sondages et d’illustrer toute son impuissance face à ce phénomène. Il serait bien entendu mal venu que la photo présente un Sarkozy souriant ou attablé au Fouquet’s.
Un article sur un « Désaccord entre Fillon et Sarkozy » est certainement illustré par une photo des deux hommes se tournant le dos, histoire de nous faire vivre l’événement en direct, assister au moment même où le problème a jailli. Là non plus, une photo des deux faisant un jogging n’abonderait pas dans le sens du sujet.


La force des images fixes

Bien que les images filmées aient une force, il est indiscutable que ce sont des images fixes qui marquent l’inconscient collectif. Extraite d’un film, c’est l’image du Chinois stoppant à mains nues une colonne de chars aux portes de la place Tiananmen qui reste dans nos mémoires.

L’image est immédiatement mobile quand il s’agit d’évoquer un fait, elle est techniquement plus souple qu’un film et plus rapidement en place qu’un texte.
Une image fixe circule plus facilement. Tellement facilement qu’elle risque de se retrouver interprétée avant d’être réellement identifiée. L’affaire Tuvia Grossmann en est un parfait exemple : Une photo représentant un homme blessé avec, en arrière plan, un policier israélien brandissant une matraque, fut rapidement présentée comme celle d’un Palestinien agressé par ce policier et elle est diffusée dans plusieurs médias internationaux avec cette légende. Il s’agissait en fait d’un étudiant juif américain battu par des manifestants palestiniens qu’un policier est venu défendre.

L’image est devenue incontournable. Fixe ou animée, elle a envahi la rue à travers la publicité et toutes les formes de communication, elle a envahi le foyer à travers la télévision et Internet, elle a enrichi notre culture par la photographie, le cinéma et la vidéo. Nous sommes de plus en plus entourés et influencés par l'image qui acquiert ainsi toujours plus de force.

Grâce à la technologie, l'image se propage et franchit les frontières sans obstacles. Elle est accessible à la plupart des êtres humains. La prolifération des satellites, les moyens de communication, les nouvelles techniques lui ont permis une croissance accrue. Par son pouvoir de diffusion, l’image est devenue une représentation, souvent mentale, au point d’influencer nos comportements d’une manière si puissante, que nous sommes désormais confrontés à des risques croissants de manipulation. Cette manipulation peut être à des fins publicitaires, provoquant par là un désir de consommation, ou documentaires, donnant une lecture, déviée ou non, de l’actualité. Même si les responsabilités de chacun sont engagées, l’éditeur comme le récepteur, il est difficile de s'assurer que celles-ci sont réellement assumées.

L’image est devenue un langage à part entière. Sa lecture devient prioritaire dans notre assimilation des informations. Elle a imposé son pouvoir d’interprétation et elle est capable de nous détourner de la nécessité de lire ou de juger une information. Dans la publicité, elle est devenu un ton auquel les individus adhèrent ou pas. Dans l’information, elle s’accapare une grande partie du contenu et dénature même le message écrit. Elle est certes en mesure de rendre compte de la réalité, mais elle véhicule des stéréotypes. Aussi réelle qu'elle puisse paraître, l'image ne doit pas être confondue avec la réalité.
La disponibilité immédiate des images venant des quatre coins du monde joue un rôle important. Cette disponibilité modifie la manière dont on reçoit l’information et déforme l’intérêt de celle-ci. Elle influe le contenu de l'actualité et détermine l'ordre de priorité. Tout est ainsi fabriqué pour nous laisser croire qu'on assiste à des événements majeurs alors que l'importance relative des événements nous est imposée.


De la nécessité d’apprendre à « lire » les images

La lecture de l’image aujourd’hui est un savoir à part entière. Sans ce savoir, l’être humain peut avoir de nombreuses interprétations erronées et être sujet à des manipulations. De manière évidente, nous sommes naturellement convaincus par l'image que nous voyons.
Tout comme l’analphabétisme peut être un danger pour les civilisations et un obstacle au progrès, ne pas savoir lire une image est un danger plus important encore puisqu’il atteint directement le subconscient. Il est certain que de nos jours, la plupart des hommes ne savent pas « lire » l'image. La société continue ses efforts pour apprendre aux enfants à lire et à écrire, mais néglige l'interprétation des images qui constitue une partie indispensable de l'éducation, à une époque où la télévision et les ordinateurs jouent un rôle de gardes d'enfants, ces derniers passent beaucoup de temps devant les écrans. Une initiation au visuel et une sensibilisation aux médias devraient être prévues dès les premiers stades de l'éducation scolaire, ainsi que la formation des enseignants à ce type d’enseignement.

Si, en exploitant ces failles, les fausses idées avancent et la violence s’enracine dans les esprits, il faut certes désigner clairement les faussaires, mais il faut également se prémunir et s’armer pour faire face à ce genre de manipulation. Que les images témoignent honnêtement d’une réalité en cours n’est pas contestable, c’est après tout ce qu’on attend d’elles. Qu’elles deviennent instrumentalisées au point d’influer sur cette réalité, ceci devient un danger public. A partir de là, une société devrait prendre de sérieuses dispositions pour préserver ses individus de telles propagandes qui rappellent les méthodes des régimes totalitaires.

De cette façon le libre arbitre est entrainé à relativiser et à devenir plus fort. Il aura la capacité de résister à la volonté de ceux qui veulent nous faire prendre des raccourcis, comme la couverture de l’Express, qui n’a certainement pas le but annoncé par son directeur de la rédaction, Christophe Barbier, celui de « protéger la communauté musulmane contre l'islamisme » !

1.10.10

Le Tribunal spécial pour le Liban sous l'effet papillon


Les 5 et 6 octobre aura lieu au camp militaire de Captieux, au sud de Bordeaux, la reconstitution de l’assassinat de Rafic Hariri par une équipe de spécialistes du Tribunal spécial sur le Liban en charge de l’enquête sur la mort de l’ancien Premier ministre libanais en février 2005 à Beyrouth.
Cette reconstitution sera fermée à la presse et sous très haute surveillance. La plus haute discrétion est maintenue par le ministère de la Défense français à son sujet, malgré le caractère attendu de cet événement par la presse libanaise.

Depuis sa mise en place, l’enquête menée sur l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais a connu plusieurs rebondissements.
Le plus polémique est cet article d’Erich Follath publié sur le site Der Spiegel anglais le 23 Mai 2009, intitulé « New Evidence Points to Hezbollah in Hariri Murder » le quotidien allemand, qui affirme en introduction que : « Le tribunal spécial des Nations Unies qui enquête sur l’assassinat de Rafik al-Hariri a tiré de nouvelles conclusions surprenantes […] et les garde secrètes. Selon une information obtenue par Der Spiegel, des enquêteurs croient maintenant que le Hezbollah était derrière l’assassinat d’Hariri. » Bien qu’il soit précisé que les enquêteurs « croient » que le Hezbollah est responsable, le journal s’appuie bizarrement sur des sources proches du tribunal. Il soutient avoir vérifié l’information en examinant des documents internes et affirme enfin que l’affaire Hariri est sur le point de prendre une tournure sensationnelle.
Selon Der Spiegel, ce ne sont donc pas les Syriens mais des forces spéciales de l’organisation chiite libanaise du Hezbollah qui ont orchestré l’attentat. Le procureur général canadien Daniel Bellemare et ses juges ne voudraient apparemment pas que cette information circule, bien qu’ils soient au courant depuis un mois.
Aussitôt, Daniel Bellemare fait savoir par le biais d’une porte parole que : « Nous ne savons pas d’où ils sortent cette histoire. Le bureau du procureur ne fait aucun commentaire sur une quelconque question portant sur des aspects opérationnels de l’enquête ».
Un autre rebondissement qui a porté un coup à la crédibilité de l’enquête dans l’opinion publique libanaise, est la libération des généraux libanais pro syriens placés en détention par le premier enquêteur dans cette affaire, l’allemand, Detlev Mehlis.
Un rapport, datant de 2008, d’un Groupe de travail de la Commission des droits de l’homme de l’ONU sur les détentions ordonnées au Liban par Mehlis établit que le dossier de ce dernier est vide et les arrestations auxquelles il a procédé sont arbitraires.
Detlev Mehlis avait clairement accusé la Syrie dans le premier rapport de sa commission datant d’octobre 2005, comme le stipule le paragraphe 209 de la conclusion :
La Commission conclut, après avoir entendu des témoins et interrogé des suspects en République arabe syrienne et avoir établi que de nombreuses pistes désignent directement des agents des services de sécurité syriens comme étant impliqués dans l’assassinat, qu’il incombe à la Syrie de clarifier une part considérable des questions non résolues. Si les autorités syriennes, après des hésitations initiales, ont coopéré de manière limitée avec la Commission, plusieurs des personnes interrogées ont tenté d’égarer l’enquête en faisant des déclarations fausses ou inexactes. La lettre adressée à la Commission par le Ministre des affaires étrangères de la République arabe syrienne s’est révélée contenir des informations fausses. On ne pourra faire toute la clarté sur cet assassinat qu’aux termes d’une enquête approfondie et crédible, et conduite d’une manière ouverte et transparente qui satisfasse pleinement la communauté internationale.
Selon des médias anglo-saxons, l’un des généraux qui a passé plus de trois ans en prison, Jamal al-Sayyid, poursuit Detlev Mehlis devant la justice française pour avoir « manipuler les enquêtes ». Sayyid prétend qu’un certain Gerhard Lehmann, membre du Bureau fédéral de la police criminelle d’Allemagne qui assistait Mehlis dans ses enquêtes, aurait fait du chantage et proposé un marché au président syrien : Bachar Assad identifierait la personne responsable de l’assassinat d’Hariri, et le convaincrait de se suicider, et alors l’affaire serait classée.
Entre temps, Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU, nomme en 2006, le Belge Serge Brammertz, à la tête de la Commission internationale indépendante chargée de l’enquête. Il fournira plusieurs rapports faisant mention d’une amélioration dans la collaboration de la Syrie. Ce dernier fera la transition à la prise en charge de l’enquête par le Tribunal spécial pour le Liban sans apporter de révélations fracassantes.

Toutes ses tergiversations qui semblent anodines portent atteinte de manière significative à la stabilité du pays. Elles exacerbent les désaccords sur le terrain politique libanais. Elles créent des tensions et des suspicions entre les différents courants et empêchent, par là, la possibilité d’un terrain d’entente pour mener à bien les affaires courantes internes, qu’il s’agisse d’améliorer les infrastructures (téléphone, électricité…) ou de mettre en place une politique sociale (emploi, économie…)
Le premier ministre actuel, Saad Hariri, fils du premier ministre assassiné, a affirmé publiquement en septembre 2010, avoir commis l’« erreur » d’accuser la Syrie de l’assassinat de son père. Cette déclaration est le parachèvement d’un processus de réconciliation avec Damas qui a débuté par la venue au Liban, en juillet 2010, du roi Abdallah d’Arabie et du président Syrien.
Ce changement de position de Saad Hariri est intervenu deux semaines après de violents incidents qui ont opposé des membres chiites du Hezbollah à ceux sunnites des Ahbache faisant trois morts dans un quartier de Beyrouth. Parmi les victimes se trouvait l’un des responsables locaux du Hezbollah qui avait été interrogé par la Commission d’enquête internationale. Cette coïncidence a alimenté les rumeurs les plus folles au Liban sur les raisons de cette flambée.
Dans ce contexte, le Hezbollah a prévenu. Il ne gardera pas les bras croisés s’il est accusé par le Tribunal de l’assassinat de Rafic Hariri. Il affirme ne pas vouloir provoquer de discorde, mais il en appelle à Saad Hariri, lui demandant d’intervenir pour empêcher que l’acte d’accusation du procureur Daniel Bellemare ne l’accable.
Le chef du Parti de Dieu, Hassan Nasrallah, n’a pas fait mystère de son intention d’en découdre au cas où il serait mis en cause par le tribunal dont il ne reconnaît pas la légitimité. « L’accusation injuste à l’encontre de la Syrie a abouti à une déstabilisation du Liban. Qu’en sera-t-il si l’une des principales composantes du pays est accusée de la même manière ? », demande un député libanais.
« Hariri disculpe la Syrie… Quand donc viendra le tour du Hezbollah ? », titrait un grand quotidien libanais qui dicte au chef du gouvernement, dans son édito, la conduite à tenir pour étouffer une éventuelle guerre civile dans l’œuf « au cas où le Hezbollah serait incriminé ».

Si les conclusions hâtives, au lendemain de l’assassinat, motivées par les légères pressions internationales, ont conduit les Libanais à réclamer l’indiscutable départ de la Syrie, les artisans de cette nouvelle indépendance du Liban en 2005 se sont retrouvé confronter à ceux de la libération du Sud en 2000. Depuis, cette confrontation a entraîné le pays dans une lourde paralysie avec des répercussions graves sur la société civile. Les approximations dans les premières accusations n’ont fait qu’attiser le feu de la discorde.

A présent, malgré le caractère peu glorieux de ses composantes, une guerre est littéralement annoncée si les accusations prononcées sur l’assassinat de Rafic Hariri pointent du doigt le Hezbollah. Aussi étrange que le battement d’aile d’un papillon au Brésil puisse provoquer une tornade au Texas, une révélation à Captieux peut mettre à feu et à sang un pays à quelques milliers de kilomètres de là.
Quelles sont cependant les précautions envisagées pour protéger le peuple libanais exposé une nouvelle fois à des conséquences qui le dépassent ? Quel dispositif est pris par l’Instance internationale pour éviter à la population le cauchemar d’une guerre civile ?
Le Tribunal spécial pour le Liban, mis en place par l’Organisation des Nations Unies sur la demande de la République libanaise avec l’assentiment du Conseil de sécurité, mettra probablement à jour une grande vérité. Il devra cependant en envisager les conséquences. Étant entendu que, si le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade, il devrait pouvoir aussi l’empêcher.

28.9.10

Qui a peur de Barack « Hussein » Obama ?


« Imaginez que le 5 [novembre] au matin vous entendez les informations : Barack Hussein Obama est élu président des Etats-Unis, comment vous sentirez-vous ? »
La foule agglutinée lors du meeting du Grand Old Party en octobre 2008 répond d’une seule voix à la question de son élu : « Tuez-le ! ». Une pancarte s’élève au-dessus des visages rouges de rage des partisans républicains : « Lâchez les chiens. »
Dans le sillage de ce racisme latent, Sarah Palin nommait son concurrent par son deuxième prénom « Hussein ». Cette tactique, auparavant électoraliste, était censée faire germer l’idée, ça et là – avec dans le proche passé des américains le rôle attribué à Saddam Hussein – que, vue la couleur de peau d’Obama, ses origines étrangères, il pourrait bien être musulman, pire, arabe, ce qui égratignait sérieusement l'image d’une Amérique caucasienne.

Le 04 novembre 2008, Barack Obama, 47 ans, est élu 44e président des États-Unis d'Amérique avec 52,5% des suffrages contre 46,2% pour son rival républicain John McCain (64.908.616 voix et 364 grands électeurs contre 57.083.294 voix et 162 grands électeurs). Il est le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis.

La page « Hussein » aurait pu être tournée ce jour-là, mais dans le contexte de guerre américaine en Irak et en Afghanistan et de conflit israélo-palestinien tendu, ce deuxième prénom n’était pas prêt de tomber dans les oubliettes.

Le premier appel téléphonique du président des Etats-Unis fraîchement élu à un dirigeant étranger est pour le palestinien Mahmoud Abbas, ce avant même un contact avec le premier ministre israélien Ehud Olmert, jusqu'alors considéré comme l'interlocuteur privilégié de Washington.

Il réserve son premier entretien télévisé à une chaîne arabe et prône un nouveau partenariat avec le monde musulman « basé sur le respect et l'intérêt mutuel » dans le but de donner aussi des gages au monde arabo-musulman.

Il considère l'Iran comme interlocuteur incontournable étant un soutien actif du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais, au même titre que la Syrie, et s'engage à élargir le champ des négociations et à privilégier le dialogue.

Le 20 mars 2009, il s'adresse directement au président de la République islamique d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad, dans un enregistrement vidéo destiné à être diffusé sur plusieurs chaînes du Moyen-Orient, et l’invite à tourner la page de trois décennies de politique américaine hostile vis-à-vis de Téhéran.

Les 06 et 07 avril 2009, il visite la Turquie où il réaffirme la politique d'apaisement de Washington vis-à-vis du monde musulman. Il déclare que les Etats-Unis « ne sont pas et ne seront jamais en guerre contre l'Islam », et renouvelle son soutien à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne.

Le 18 mai 2009, il reçoit à Washington le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, à qui il réaffirme son souhait de voir un Etat palestinien aux côtés de l'Etat israélien, au grand dam des dirigeants israéliens habitués à voir leurs stratégies va-t-en guerre soutenues sans réserves par l'administration américaine, et rappelle que la feuille de route de 2003 du Quartet pour la paix au Proche-Orient impose à Israël le gel de la colonisation illégale des Territoires palestiniens.

Le 04 juin 2009, il prononce un discours au Caire nourri de citations du Coran où il réaffirme sa volonté de rétablir les liens de l'Occident avec le monde arabo-musulman. Il n'hésite pas à parler de « situation intolérable » pour les Palestiniens qui « vivent l'humiliation d'une occupation » et précise que « l'Amérique sera aux côtés de ceux qui veulent la paix ».

Le 23 septembre 2009, lors de son premier discours devant l'Assemblée générale annuelle de l'ONU, il rappelle que « les Etats-Unis ne reconnaissent pas la légitimité de la poursuite de la colonisation israélienne ».

Un an plus tard, le 31 août 2010, Barack Obama annonce lors d’une allocution depuis le bureau ovale la fin des opérations de combat en Irak et le retrait des troupes américaines en Afghanistan prévu l’été 2011.

Le 2 septembre, Israéliens et Palestiniens ont repris leurs pourparlers de paix à Washington sous l'égide des Etats-Unis, vingt mois après avoir cessé tout dialogue direct. Barack Obama avait réaffirmé la veille à l'ONU la position des Etats-Unis en faveur d'une prorogation du gel.

Le 26 septembre 2010, à peine le moratoire expiré, les travaux de construction ont commencé dans des colonies de Cisjordanie occupée. Le bureau de Benyamin Nétanyahou a donné son accord au redémarrage de la construction à condition qu'elle ne soit pas trop visible (sic). Avi Naim, Le maire de la colonie cisjordanienne dit d’Obama qu’il « déteste les Juifs et est un anti-sémite » et ajoute : « je dis à Barack Hussein Obama qu'il ne sera pas en mesure de nous arrêter ».

Sur les réseaux sociaux israéliens, une prière est affichée sur plusieurs profils :
« Dieu
Tu as rappelé auprès de Toi mon meilleur acteur, Patrick Swazie.
Tu as rappelé auprès de Toi ma meilleure actrice, Farah Fawcett.
Tu as rappelé auprès de Toi mon meilleur chanteur, Michael Jackson.
Je voudrais juste que Tu saches que mon meilleur président est Barack Obama.
Amen.
»

13.9.10

Sarko, le nouveau mystère de Lascaux

Il y a quelques années, en travaillant en tant que responsable d’un projet d’édition sur la préhistoire en Aquitaine, il a fallu des prises de vue que nous souhaitions réaliser par un professionnel pour étayer une hypothèse soutenue par un spécialiste – dont je tairai le nom – sur les mystères de Lascaux.
Après plusieurs courriers sans réponses, coups de téléphone où se dressaient les barrières secrétariales sans jamais obtenir le responsable qui aurait l’autorité de nous répondre, nous avons abandonné.
Nous avons cependant eu l’information qu’une importante banque d’images pouvait peut-être contenir les prises de vue qui nous intéressaient, mais, hélas, le sens de la propriété dans ce domaine était plus fort que l’envie de partage. Il nous a été rapporté que cette banque faisait partie d’un projet de publication et que la priorité était accordée à ce dernier.
Contraints à l’abandon, le livre s’est finalement fait sans les illustrations espérées. Un petit tirage, 4000 exemplaires. Dans l’équation de l’espoir, 4000 exemplaires = 4000 personnes.

Cette histoire était pratiquement oubliée jusqu’à cette annonce ce matin :
Nicolas Sarkozy, accompagné de son épouse Carla et du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, a visité dimanche la grotte de Lascaux, à l'occasion du 70e anniversaire de sa découverte.
Si une amertume indescriptible – teintée de jalousie à un niveau très personnel – s’impose à la lecture de cet article, une banderole brandie lors d’une manifestation organisée pour l’occasion résume le tout :
Je croyais que les privilèges avaient été abolis, si la grotte est fermée, qu’elle le soit pour tous.

Une centaine de personnes étaient rassemblés sur un large rond-point à l'écart du village, où le convoi présidentiel n'est (volontairement ?) pas passé. En dehors de l’agacement généré par le caractère invraisemblable de cette visite, la manifestation avait des couleurs politiques actuelles : la pauvreté de l’emploi, la révision à la baisse des budgets de l’éducation et de la culture, la politique répressive, etc. Elle était menée par des partis de gauche, de plusieurs syndicats et d'organisations comme la LDH, Réseau éducation sans frontières, Attac ou la confédération paysanne. « Nicolas Sarkozy vient voir la grotte de Lascaux puis il s'en va sans parler d'emploi », déclare le secrétaire adjoint de la FSU de Dordogne, sur fond de musique tzigane pour « mettre en avant la question des Roms ».

Libération relate l’émotion du Président de la république qui déclarait qu’il a eu, avec son épouse, « l’impression de rentrer dans une cathédrale. Quand on sait qu’il y a dix-huit mille ans des hommes savaient à ce point exprimer leur émotion, c’est quelque chose qui nous a bouleversés et on a ressenti profondément, Carla et moi, le privilège extrême de rentrer dans la grotte de Lascaux ». Faute avouée, à moitié pardonnée, n’en déplaise aux 4000 lecteurs hypothétiques évoqués plus haut.

Devant la consternation provoquée à l’annonce de cette visite, Franck Louvrier, ouvrier de la communication de l'Élysée avait rassuré son monde en parlant d'un nombre de visiteurs qui se compte « sur les doigts d'une main ». Or, à l’arrivée, ils étaient dix (il y avait un photographe et un caméraman, sans doute dépêchés pour couvrir les poses du couple présidentiel).
Dans un souci de conservation, les visites durent normalement trente cinq minutes. Les dix sont restés plus de cinquante minutes. Chaque visiteur est tenu de protéger les cheveux avec une charlotte, le Président (et Yves Coppens) ne l’a pas fait.
On espérait enfin que tant de dérogations à la règle éveillent chez le Président un sens aigu de la culture, les déclarations après la visite ont fini par achever tout espoir. Selon le journal Le Monde, il a invoqué « le brave néandertalien qui avait parfaitement compris qu'ici, c'était plus tempéré qu'ailleurs, qu'il devait y avoir du gibier, qu'il faisait beau et qu'il y faisait bon vivre ». Or c’est l’homme de Cro-Magnon qui a peint Lascaux 18 000 ans auparavant. L’homme de Neandertal a disparu de la région il y a environ 30 000 ans. Sans compter avec le climat qui était loin d’être tempéré en cette période glaciaire.

Bien que François Mitterrand l’ait fait, à une époque où la grotte n’était pas définitivement inaccessible, M. Sarkozy, venu en famille, s'est présenté en président. « C'est la présence nécessaire du chef de l’Etat que d’aller en ces lieux », s’est-il drôlement justifié avant de s’embourber dans une philosophie mystique : « entre l’universel et le terroir, il y a Lascaux ». Comment peut-il parler d’universel ? Un nouveau mystère ajouté à celui de Lascaux.

22.8.10

Israël-Palestine: les sceptiques ont de beaux jours devant eux !

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a promis aujourd’hui « d'étonner les sceptiques » qui doutent que les négociations directes avec les Palestiniens censées reprendre le 2 septembre puissent parvenir à des accords de paix.
« Je peux comprendre les sceptiques. Mais nous avons bien l'intention de les étonner, à condition d'avoir un partenaire sérieux » dans la négociation.
Il a réaffirmé par ailleurs qu'un tel accord devait être fondé « sur des arrangements de sécurité » satisfaisants pour Israël, sur la reconnaissance par les Palestiniens d'Israël « comme Etat du peuple juif », et mettre un « point final au conflit ».
Dès l'annonce vendredi à Washington par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton de la reprise des négociations directes, Benyamin Nétanyahou s'était félicité que l'invitation ait été formulée sans « conditions préalables », alors que les Palestiniens avaient réclamé un gel de la colonisation.

Cette brève de l’AFP pourrait donner de l’espoir, elle pourrait aussi apaiser ceux qui attendent depuis longtemps une solution à ce conflit qui ronge la région depuis 60 ans. Cette brève met en avant la volonté de paix que veut bien afficher le dirigeant israélien et nous met en position d’attendre que, en face, il va falloir que quelqu’un soit au rendez-vous et marche main dans la main vers ce « point final ».
Bien entendu, si on arrive de Mars et qu’on tombe sur cette excellente nouvelle, on a toutes les raisons de se réjouir voyant les hommes qui peuplent la Terre tendre aussi fort vers la paix.

Seulement si on arrive de Mars !

A bien relire cette brève, on sait déjà que Monsieur Nétanyahou a toutes les raisons d’expliquer, en cas d’échec des négociations, à ces sceptiques qui vont réclamer leur quart d’heure d’étonnement, que, hélas, il n’avait pas le « partenaire sérieux ». Eh oui ! Il a ouvert une porte pour nous étonner mais il en a aussi ouvert une autre pour ne rien se reprocher.
Il se réjouit également que l’invitation ait été formulée sans « conditions préalables », alors que lui en a déjà insidieusement imposée une, qui servira plus de prétexte que de base de négociation. En revanche, s’il n’y en avait qu’une, on se serait limité de sourire en se disant enfin que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie et qu’on y voit plus que du feu. Car, insidieusement encore, il y en a bien d’autres :
  1. Si les Palestiniens doivent s’assoir sur le gel de la colonisation, c’est que la colonisation doit continuer. Israël négocie donc à condition que cette colonisation ne soit pas interrompue.
  2. Si les Palestiniens doivent accepter l’accord de paix, il faut qu’ils accepte aussi qu’il soit fondé « sur des arrangements de sécurité » satisfaisants pour l’État d’Israël.
  3. Il faut aussi que les Palestiniens accepte qu’Israël soit l’État du peuple juif.

Avouez qu’il y a là une sacrée liste de conditions ! Ceux qui voudraient absolument y croire vont peut-être trouver exagéré de voir tant de mal partout.
Si le mal n’est pas partout, il pourrait en tout cas l’être puisque dans les deux derniers cas (sachant que le premier est largement lisible), tous les scénarios sont possibles, même les pires, qui, hélas, sont plus courants dans ce conflit.
  1. Si l’accord doit être fondé « sur des arrangements de sécurité » satisfaisants pour l’État d’Israël, il pourrait également mentionné des arrangements de sécurité pour les (ou l’État) Palestinien(s). Juste pour le principe, histoire de sentir une bonne volonté.
    A noter que ces « arrangements de sécurité » ont déjà eu beaucoup de formes assez effrayantes sur le terrain : blocus des territoires palestiniens, érection d’un mur de séparation… Ces arrangements pourraient aussi vouloir dire que l’État palestinien ne devrait pas être correctement armé, ne disposant pas de la liberté de ses frontières et encore moins d’un port et d’un aéroport dignes de ce nom. Ce qui voudrait dire que les organisations comme le Hamas continueront à exister, armée par des réseaux clandestins jusqu’à devenir plus fort que l’État palestinien lui-même… et revenir ainsi à la case départ, c’est à dire rendre les représentant de l’autorité palestinienne encore moins sérieux.
  2. Si les Palestiniens doivent accepter qu’Israël soit l’état du peuple juif, il faudrait par ailleurs qu’Israël garantisse un traitement correct à ceux qui ne le sont pas ! Cette mesure ouvre en effet la voie à l’expropriation, l’exil et la persécution des non-juifs. Il faudrait aussi qu’Israël accepte de démanteler ses colonisations en retour, reconnaissant par là que les terres palestiniennes sont les terres d’un État palestinien. Ça va être dur à n’en pas douter.

Cet ensemble de pirouettes dont fait preuve monsieur Nétanyahou fait penser à une autre qui est passée honteusement inaperçue. Le 11 août dernier pendant qu’il paradait avec ses vœux de bon ramadan aux musulmans, un ancien cimetière musulman à Jérusalem-ouest a vu, la veille, le 10 août, arriver des bulldozers israéliens qui ont rasé des dizaines de sépultures où plusieurs saints Soufi sont enterrés. Ce cimetière dit Ma'man Allah se situe sur un terrain où le centre Simon Wiesenthal pour la recherche des criminels nazis veut édifier un musée de la Tolérance (sic). La Cour suprême d'Israël, qui avait dans un premier temps ordonné de suspendre les travaux entamés il y a plus de cinq ans, a finalement donné son feu vert à leur reprise en janvier 2009. Devant les protestations, un porte-parole de la police a pour sa part indiqué qu'il allait examiner l’incident. Il en est où ?

19.8.10

La question difficile des droits palestiniens au Liban

Depuis mardi 17 août 2010, le Parlement libanais a adopté une loi accordant des droits civiques de base aux réfugiés palestiniens, 60 ans après leur arrivée au Liban. Cette loi permet aux Palestiniens d'être embauchés au sein d'une entreprise, alors qu’il leur était permis jusqu’à maintenant de travailler uniquement dans le secteur agricole ou les métiers du bâtiment. Les professions de soldat, policier, médecin ou avocat restent elles réservées aux Libanais.

Selon un responsable : « Le parlement a approuvé une loi levant les restrictions imposées en matière d'emploi aux réfugiés palestiniens, qui auront désormais le droit de travailler dans n'importe quel secteur ouvert aux étrangers et pourront, par ailleurs, bénéficier de prestations, dont la sécurité sociale, issues d'un fonds spécial ».

Ce responsable a préféré garder l’anonymat, un anonymat qui illustre parfaitement la délicatesse de cette question !!!

En quoi cette question est difficile et en quoi il n’était pas si simple que des « frères » libanais donnent autant à des « frères » palestiniens ?

Le Liban est un pays de quatre millions d’habitants. Le nombre de réfugiés palestiniens recensé dernièrement par l’ONU s’élève à 373 000. Ce nombre était de 250 000 à la première vague d’exil en 1948, époque où le pays était tout juste indépendant et souverain. Il a augmenté avec les événements politiques qu’a connus le Proche-Orient, surtout après le 17 septembre 1970, où l'armée jordanienne intervient massivement contre les fédayins sur son territoire et bombarde les camps de réfugiés et les bâtiments qui abritent les organisations palestiniennes. Au bout de dix jours de pilonnages, les camps sont rasés et les organisations palestiniennes doivent trouver refuge au Liban, en particulier l’OLP menée par Yasser Arafat. Les palestiniens sur le territoire libanais sont alors les plus engagés militairement et politiquement, un sommet des pays arabes allant jusqu’à leur accorder la permission d’une résistance à partir de ce petit pays.

Les derniers chiffres annoncent 2 293 000 réfugiés palestiniens vivant hors de Palestine mais étant toujours dans la région. 373 000 se trouvent au Liban, 378000 en Syrie (20 millions d’habitants), et 1 542 000 en Jordanie (6 200 000 d’habitants).

La résolution 194 de l’ONU (11 décembre 1948) reconnaît aux réfugiés palestiniens le droit au retour sur leur terre et le droit à l’indemnisation pour les biens qu’ils ont perdus. Israël, par le fait même de son admission à l’ONU, a implicitement accepté les termes de cette résolution sans jamais passer aux faits.

Depuis cette résolution, le problème du « droit au retour » des réfugiés palestiniens a été soulevé plusieurs fois, en voici les plus médiatiques :

- Lors des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993, par la Déclaration de Principes qui fut signée à la Maison Blanche sous l’égide du président Bill Clinton. Le monde entier retient la poignée de main historique échangée entre le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Le monde entier a oublié le reste.

- Lors du sommet de Camp David en juillet 2000, sous l’égide de Bill Clinton, entre Yasser Arafat et Ehoud Barak, des propositions étaient attendues. Elles furent mises de côté, le temps de médiatiser l’événement et de se féliciter d’un semblant d’accord qui n’a jamais vu réunis les deux responsables. Ces propositions n’ont jamais été établies.

- Le « droit au retour » a été ensuite au centre des négociations de Taba de janvier 2001. La délégation israélienne formule alors pour la première fois des propositions reconnaissant une responsabilité de l’Etat d’Israël dans la création du problème des réfugiés. L’article 8 stipule qu’en « ce qui concerne le retour, le rapatriement et la réinstallation, chaque réfugié devra s’inscrire dans l’un des programmes suivants, remplissant ainsi la clause de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies ». L’alinéa -a- autorise un retour « vers Israël – dans la limite convenue de XX réfugiés [le document ne comportant aucun chiffre], la priorité étant accordée aux réfugiés palestiniens qui vivent actuellement au Liban. L’Etat d’Israël reconnaît son engagement moral pour la résolution rapide du problème de la population réfugiée des camps de Sabra et de Chatila. »


Devant ces remous politiques d’envergures, l’État et le gouvernement libanais, affaiblis par des crises internes au lendemain d’une guerre qui a duré 15 ans, se sont contentés d’attendre le résultat des négociations internationales. Autrement dit, la réconciliation nationale était la priorité, reléguant le problème palestinien au dernier rang. Surtout que l’opinion publique avait en mémoire le déclenchement de la guerre civile suite à un accrochage entre palestiniens (et pro palestiniens) et des libanais chrétiens, pour qui l'implantation en masse de combattants palestiniens au Liban était un danger à la souveraineté du pays, déjà fragile politiquement.

Ceux qui connaissent les composantes de la société libanaise, pourraient alors s’indigner de constater que d’autres réfugiés, des Arméniens chassés d’Arménie, (dont certains ont trouvé refuge en Palestine à partir de 1915 !), ont accédé, eux, à des droits et des fonctions publiques et politiques, beaucoup plus rapidement.

En effet, les Arméniens constituent une communauté de 300 000 personnes qui ont, toutes, obtenu la nationalité libanaise. Cette communauté est active dans la société libanaise et a su conserver son identité. Elle est représentée par un parti politique avec des élus au Parlement Libanais. Cependant, leur implantation dans le pays s’est faite en trois étapes.

La première colonie s’implante au Liban au début du XVIIIe siècle quand commencèrent les persécutions dirigées contre les Arméniens catholiques à Constantinople et dans les provinces de l’Empire ottoman. Des religieux arméniens ont aussitôt fondé en 1749 un couvent qui est devenu le siège du Patriarcat arménien-catholique. Ce couvent a eu alors un effet aspirateur et des familles entières sont venues s’installer dans les régions chrétiennes. Certaines ont même choisi de se défaire de leur identité ethnique et de s’intégrer dans la communauté maronite.

Une deuxième vague, plus massive, a eu lieu en 1921, lorsque les troupes françaises quittèrent la Cilicie (qui correspond aujourd'hui à la province turque d'Adana), après la première guerre mondiale. Des navires français ont débarqué les Arméniens sur les côtes libanaises après des semaines d’attente au large du Liban, le temps qu’un Patriarche maronite puissent convaincre les autorités françaises. D’autres Arméniens sont arrivés par le désert de Syrie.

La troisième vague intervient en 1939 où toute la population de Sandjak d’Alexandrette, situé à l'extrémité orientale du littoral méditerranéen de la Turquie qui correspond à l'actuelle province turque du Hatay, fut implanté dans la plaine de la Békaa à Anjar où ils demeurent toujours.

Le Liban, terre historique des chrétiens d’orient, a donc facilité l’absorption de toute cette population venue enrichir la population chrétienne. Bien que la décision ne soit prise en toute liberté, et que des mouvements géopolitiques menés par des grandes puissances en ont facilité la tâche (tout comme l’ “implantation” de juifs en Palestine) et que l’approbation ait été donnée par les colonisateurs, cela a fait l’affaire des chrétiens qui ont vu leur nombre augmenter pour rester maître du pays, selon la constitution définie après l’indépendance du Liban en 1943 qui prévoyait un président chrétien (cette constitution n’a pas changé, mais le président a perdu beaucoup de pouvoir politique au dépens du premier ministre).

Le sort contraire réservé au Palestiniens au Liban (pour la majorité de confession sunnite) n’est pas seulement dû au refus des chrétiens de voir subitement la population musulmane enrichie de 370 000 personnes. On peut y voir également un veto chiite. Qu’il émane de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, ce veto est soutenu en tous cas par des régimes qui sont des acteurs majeurs dans la guerre militaire et politique menée contre Israël. Ces États luttent davantage contre l’existence de l’État juif comme « plateforme relais » à la politique de l’occident, que comme occupant privant les palestiniens de leur terre. Ces États ne verront pas d’un bon œil la croissance de l’autre branche musulmane au Liban d’autant que les pays leaders de cette branche (majoritaire dans l’islam) ont établi des traités économiques et militaires avec l’Occident sans pour autant reconnaître l’État d’Israël.

Que l’on ait des arguments pour reprocher aux Libanais d’entasser les Palestiniens dans des camps et de ne pas leur accorder les fondamentaux des droits de l’homme, c’est tout de même aller vite en besogne. Le Liban n’a jamais été à la hauteur du problème et n’a jamais eu les moyens d’y faire face avec sa propre politique. Ceci étant dit, l’ONU a plus de facilitées à distribuer l’aide internationale accordée aux réfugiés en les cantonnant dans ces territoires que sont devenus les camps. Les voir installés librement dans tout le pays l’obligerait à renforcer ses structures, étant donné qu’elle n’envisage pas d’en céder la gestion à un État libanais fébrile, instable et tenté par des arrangements entre amis. A signaler un détail et non des moindres : la normalisation de l'individu palestinien dans l'administration libanaise ferait jubiler le gouvernement israélien.

Entre la politique agressive d’Israël, celle des chants des sirènes occidentales, et celle, incohérente, des pays arabes qu’il est tenu de suivre, le Liban n’a pas la place importante qu’on veut bien lui accorder. On y ajoute ce que Jean Marguin (chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique) qualifie de faits générateurs qui ont provoqué l’installation des juifs sur des terres palestiniennes, « principalement par la volonté des puissances de l’époque, spécialement de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, et dans une moindre mesure, des Etats-Unis et de la Russie », cela fait beaucoup trop pour ce rôle d’acteur loin d’être taillé sur mesure.

15.3.10

Ce que se voiler la face veut dire

Dans de longs et nombreux articles sur le port du voile, en France ou ailleurs en occident, sous ses formes variées : niqab, burqa..., ainsi que durant des interventions télévisées de femmes qui défendent le principe de liberté et, par là-même, du port du voile... jamais la question du voile sur l'échelle de l'Humanité n'a été abordée, jamais la représentation de ce voile sous d'autres sociétés n'a été évoquée, expliquée, selon les mœurs, souvent religieux, surtout politiques. Il semblerait qu'il soit commun d'ignorer les « origines » de cette tenue puisqu'elles sont, tous comptes faits, très loin de nos sociétés occidentales.
Il est cependant difficile de trouver une interprétation dans le Coran sur le port du voile, selon qu'on le lit à la lettre ou avec une lecture spirituelle. Pour les plus fondamentalistes, la « sourate du hidjab » et quelques autres évocations (comme la sourate 24, La lumière, versets 30 et 31) ont alors valeur d'obligation. « Il n'y a qu'une seule lecture du Coran », la lecture littérale, peu importe si celui-ci a été écrit il y a quatorze siècles et que la condition de la femme a sensiblement changé ailleurs dans le monde.
En cherchant ça et là, on apprend que le port du voile est une interprétation stricte et littérale du Coran selon l'obédience salafiste « Ceux qui se définissent comme salafistes […] sont influencés par les wahhabites saoudiens, ils se préoccupent d’abord de ce que l’islam autorise ou interdit. Les wahhabites interprètent le mot ijtihad (examen personnel des sources religieuses fondé sur le Coran et la Sunna) de manière restrictive. Conservateurs par leur comportement et leur pratique de l’ijtihad, les salafistes sont socialement actifs, avec pour objectif d’islamiser la société. 1 » Le port du voile devient l’un des moyens de manifestation publique et de propagande d’un courant rigoriste de l’islam, souvent voulu par l'homme, rarement accepté par la femme.
En effet, si l'on se demande si cet habit est accepté par les femmes dans les pays arabes, on retrouve rapidement des réponses sous formes de manifestes. Ses réponses sont rares mais elles existent toutefois par le courage et la contestation de certaines. L'écrivaine saoudienne contestataire Wajiha Al- Howeidar sait mieux que quiconque les conditions draconiennes imposées aux femmes du royaume et pose des conditions claires parmi lesquelles il est fait référence au voile : « J'arrêterai de revendiquer des droits pour la femme saoudienne […] lorsque la femme saoudienne portera des vêtements blancs, confortables alors que l'homme saoudien sera astreint à porter une écharpe noire, des gants noirs et un vêtement noir et à marcher sous un soleil brûlant qui fait fondre le métal. Il sera suivi de près par des femmes athlétiques et sauvages qui surveilleront ses mouvements au nom de la défense de la vertu et de la lutte contre le vice. Ainsi, l'homme saura qu'il n'a que deux endroits dans sa vie : la maison et le tombeau. 2 »
Le voile n'est donc pas uniquement un signe religieux, il est un signe religieux dans le but de promouvoir le fondamentalisme dans l'intégrisme tel qu'il est défini par Dounia Bouzar dans son livre L'intégrisme, l'islam et nous (Plon, 2007) : « Le fondamentalisme – volonté de revenir aux seuls textes fondateurs d’une religion – n’est pas nouveau, mais sa politisation (l’islamisme) est, elle, récente, à la suite de la confrontation coloniale. Avant l’islamisme, les fondamentalistes ne contestaient pas le pouvoir en tant que tel, mais exigeaient d'avoir une influence par leur “conseil au Prince”. […] L’islamisme est donc la politisation du fondamentalisme. […] S’obstiner à traiter l’intégrisme du seul point de vue culturel ou religieux, c’est avoir tout faux et faire en sorte que les intégristes aient tout vrai ! »

Devant la lutte continue et la prise de conscience de ces femmes, les quelques débats provoqués par les médias français paraissent bien saugrenus. Les prises de paroles sont vides de sens. Outre les deux ou trois représentantes du port du voile régulièrement présentes sur les plateaux ou sur les pages des journaux, des articles sont publiés avec une ignorance consternante des répercussions, petites certes mais cependant relayées, qui font l'éloge de cet habit, qui brandissent les règles de la démocratie pour jouir de la liberté de le porter :
- Kenza Drider déclare avec un aplomb, devenu la marque de sa fabrique, qu'il s'agit de « l'aboutissement d'un acheminement personnel » et « n'avoir d'obligation qu'envers Dieu ».
- Une française rebaptisée Aya affirme que « la prison, ça sera si on m'empêche d'aller et venir comme je le souhaite avec mon niqab ».
Lorsque ses arguments se réfèrent à la pure liberté du droit, l'on se demande s'il ne s'agit pas d'autopersuasion, et de ce fait, d'un repli communautaire ? Car il y a bel et bien un rejet du mode de vie et des valeurs occidentales ainsi qu'une confusion inconsciente entre la pratique de l'Islam et les images renvoyées par le monde arabe. L'Islam devient un moyen d'affirmer une identité communautaire face à des nations occidentales. Les populations issues de l'immigration se sentent économiquement rejetées et prennent à leur compte le refus de s'intégrer.
Entre les tergiversations de l'État français pour une loi sur le port du voile en France et, paradoxalement, le jugement sévère de certaines affaires comme celui de Fanny Truchelut, on retrouve également des provocations tarabiscotées à l'instar de cette tribune récemment publiée dans Rue89 où l'auteur appuie son argumentaire sur l'effet de « désérotisation » qu'elle veut imposer au monde politique. Ailleurs, on retrouve également cette étonnante comparaison où est banalisée une « burka, pas plus répugnante que le droit de se teindre les cheveux en rouge 3 » !
Comparées à la condition de la femme dans des pays où l'islam est radical, où la réalité de la femme n'a d'espoir que le combat pour les libertés du monde occidental, on regrette combien ces manifestations provoquent un abaissement des grandes causes pour en défendre des plus petites, personnelles et illusoires. Dans ces pays musulmans où la moindre avancée est une prise de risque démesurée, on regrette combien les caprices des « options spirituelles » occidentales provoquent dans les droits fondamentaux de l'Humanité des dégâts inimaginables.

« Trop souvent les Hommes ont tendance à privilégier ce qui les divise. Avec la laïcité, il faut apprendre à vivre avec ses différences dans l’horizon de l’Universel. Sans jamais oublier qu’on a des intérêts communs en tant qu’Hommes. » (Henri Pena-Ruiz, philosophe)

22.2.10

« Lebanon » : De l'abjection encore…

A quelques jours de la sortie en France du film israélien « Lebanon », de Samuel Maoz, j’ai publié une tribune sur le site internet français Rue89. Partenaire de la sortie du film en France, ce site d’information lui offrait, et lui offre toujours, un soutien publicitaire tout naturellement accompagné d’éloges dithyrambiques. Il a, malgré tout, aimablement accepté de rendre public « la colère » d’un Libanais.

Je m’étonnais alors de cet engouement des institutions et des critiques cinématographiques pour ce nouveau genre, visiblement propre au cinéma israélien, qui consiste à mettre en scène un épisode des guerres au Liban par ceux qui les ont menées, autrement dit des soldats devenus cinéastes.
Je n’avais pas vu ce film à l’écriture de cette tribune. Il m’a donc été reproché d’en parler. Certains n’ont pas compris ma consternation devant le travestissement de l’Histoire par l’esthétique affable du cinéma, vue de la lorgnette psychodramatique chère à certains distributeurs de prix ; ni l’indignation de voir juxtaposées la douleur de toute une population encore dans le deuil et les paillettes de la gloire offerte aux états d’âme de quelques soldats.

Oui, il y a un devoir moral pour aborder ces sujets dans des œuvres à la portée médiatique. Ce devoir perverti à plusieurs reprises constitue une insulte, le couvrir de prix est une caution du mépris. Que l’on brandisse la qualité de la réalisation ou quelque intention pacifique importe peu, il s’agit de douleurs persistantes et réveillées à chaque conflit. Le pardon par le cinéma, s’il en est, n’a le goût de rien devant les intentions belliqueuses encore affichées sur ce front.

Cependant, je suis allé voir ce film.

Il n’est pas question pour moi d’en faire une critique cinématographique, ma réaction va au-delà. Elle va là où nous sommes les seuls à pouvoir aller, en tant que Libanais, en tant que peuple qui a longuement et durement subi ces guerres, qu’elles soient faites en notre nom ou pas, nous les avons vécues. Car ce qui est d’abord très curieux, c’est que ce film a pour titre « Lebanon ». Cette idée de marketing saugrenue annonce d’emblée la légèreté idéologique. A ma connaissance, il n’y a aucun film, de ou sur la guerre, qui porte tout bonnement le seul nom de l’« autre », parce qu’aucun autre réalisateur n’a eu la mauvaise foi d’étaler ses tortueux états d’âme en donnant à ses maux un nom aussi accusateur. C’est un film qui aurait mérité le nom de « Tsahal », ou encore « Paix en Galilée », appellation officielle de cette intervention militaire…

A en croire la critique et la présentation sommaire, tout comme Ari Folman avec Valse avec Bachir, Samuel Maoz fait un aveu au monde : la guerre est une chose horrible ! Les réelles images des enfants disloqués, des mères en pleurs, des villages en ruines, de tout un pays dévasté, n’ont en leur temps jamais suffi à un tel constat. Ces images sont toujours difficiles à regarder : en Occident, au nom d’une certaine dignité humaine, il est préférable de ne pas en faire la diffusion et chacun se protège, se voile la face, pour ne pas être réellement atteint par de telles atrocités dont on peut, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, accuser de manipuler des esprits. Les médias y contribuent au nom de l’éthique.
Car dans beaucoup de pays, y compris le nôtre, dès qu’une guerre pointe à l’horizon, l’opinion publique est invitée à servir l’engagement politique de sa nation par une totale adhésion et à accepter les choix des reportages télévisuels comme la garantie de sa propre sécurité. Entre les citoyens devenus spectateurs et l’armée, qui en est alors l’acteur essentiel, la solidarité est assurée par une médiation directement confiée à la télévision en tant que porte-parole. Face à ce porte-parole, Pierre Bourdieu déplorait dans son livre L’opinion publique n’existe pas, Questions de sociologie (Editions de minuit) l’approbation par le silence ou l’absence de démenti. Parfois, le cinéma joue inconsciemment le même rôle !

En effet, bien qu’il soit question des horreurs de la guerre, il n’est pas question de toutes les horreurs de la guerre. Dans leurs deux films autobiographiques, Folman (pour Valse avec Bachir) et Maoz (pour Lebanon) parlent de celles qu’ils ont vécues, en prenant soin de rester à distance de la réalité globale ; pour l’un, à travers la technique du dessin animé ; pour l’autre, par la volonté d’en confiner l’histoire à l’intérieur d’un tank, avec l’unique regard vers l’extérieur que donne le viseur du poste de tir.
A travers ce viseur matérialisé par la croix d’une mire, les images de l’« extérieur », mis à part celles qui rendent compte des soldats accompagnant à pied la progression du char, illustrent par leurs choix les bons sentiments de ces valeureux guerriers. Je n’en retiens que deux : le zoom sur un âne éventré, toujours en vie, la larme à l’œil, ainsi que la scène d’une libanaise dont la robe prend feu, lorsque à moitié dénudée, elle se voit offrir une couverture par le chef de l’unité israélienne. Il y en a bien d’autres : corps calcinés, corps mutilés, cadavres ensanglantés… Mais ces scènes relèvent de ce que Jean-Luc Godard qualifie purement et simplement d’images pornographiques tant : « il y a quelque chose non pas d’immoral, mais d’amoral, à montrer ainsi l’amour ou l’horreur avec les mêmes gros plans ».

Par le choix compulsif – je l’avoue – de ces deux scènes, je ne vous invite pas à en tirer les conclusions grotesques voulues par le réalisateur, mais, à vrai dire, à partager le sentiment abject qu’elles procurent ! De l’abjection empruntée à Jacques Rivette et du sentiment que « la gravité de certains sujets implique la plus grande rigueur», que « toute inconséquence condamne le réalisateur, même drapé dans sa bonne conscience politique, et confirme son inanité cinématographique ». Maoz et Folman doivent savoir de quoi je parle, Rivette faisait alors la critique, dans les Cahiers du Cinéma, du film « Kapo » sur les camps de concentrations !!! Car il est vrai que « le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est difficile, lorsqu’on entreprend un film sur un tel sujet […], de ne pas se poser certaines questions préalables ». Ils auraient donc négligé de se les poser ? Soit. Tous ceux qui les ont distingués, auraient-ils fait de même et seraient alors très loin de ces considérations politiques ?
Je rajoute, avec la véhémence de Rivette, que l'homme qui décide de pleurer les souffrances d’un âne dans une guerre responsable de milliers de victimes, que l’homme qui décide qu’une femme se plaît à fixer des yeux un char pendant plus de dix secondes alors qu’elle vient de voir mourir sa fille, que cette même femme est tendrement recouverte d’un drap par un soldat, « cet homme n'a droit qu'au plus profond mépris » car cet homme triche et ment. Ceux qui ont distingué cet homme, victimes ou pas de son leurre, sont tout aussi « méprisables ». « Faire un film, c'est donc montrer certaines choses, c'est en même temps, et par la même opération, les montrer d'un certain biais ; ces deux actes étant rigoureusement indissociables. […] Toute approche du fait cinématographique qui entreprend de substituer l'addition à la synthèse, l'analyse à l'unité, nous renvoie aussitôt à une rhétorique d'images qui n'a pas plus à voir avec le fait cinématographique que le dessin industriel avec le fait pictural », écrivait Rivette.

Nos choix nous jugent. Ainsi les choix du réalisateur (notamment de laisser toute la cruauté de cette guerre à un phalangiste dans une scène rapportée), le choix du jury de la Mostra de Venise de discerner le lion d’or à ce film, ne suffisent pas à défendre une telle rhétorique. Même si elle est aveu, cet aveu, dit dans le dos des victimes, ressemble à un chuchotement, une messe basse, dans l’oreille de l’Occident tendue par le biais du médium cinématographique.

Sans doute que, de cette manière, les choses passent mieux. Sans doute que, de cette manière, le Figaro se donne raison de titrer maladroitement un article sur ce film : « Avoir vingt ans au Liban ». Sans doute que, de cette manière, il est normal que Google affiche en première position le film sur une recherche avec le mot « Lebanon ». Sans doute que, de cette manière, notre blessure devant cette œuvre restera aussi secondaire et hélas ordinaire que des dommages collatéraux… Parce que le doute est bien ce dont Maoz semble le plus dépourvu.

20.2.10

La guerre du T-shirt

Cela s’est passé hier, rapporté dans une nouvelle de l’AFP relayée par LibéLyon. Voici grosso modo de quoi il s’agit : une jeune fille de 16 ans d'un collège de Villefranche-sur-Saône a été exclue trois jours de l'établissement pour « prosélytisme » après avoir porté en cours un tee-shirt « Palestine libre ».
Sur un autre site, il est dit que son professeur d’histoire avait, dans un cours précédent, fait l’éloge d’Israël et repris à son compte et devant les élèves toute la rhétorique justifiant la colonisation de la Palestine. Du coup, Zeyneb, la jeune fille, décide de s’opposer à « cette propagande indigne d’un fonctionnaire de la République en venant le lendemain en classe avec un tee-shirt : Palestine libre ». Sommée alors de cacher son tee-shirt ou de quitter le cours, Zeyneb, choquée et humiliée par les cris de son professeur, a préféré sortir de classe. Le professeur s’en est alors pris aux défenseurs de la cause palestinienne, les taxant de « charlots » et de « charlatans ». Du coup, la direction du collège prévoit une sanction envers la jeune fille qui prendra effet le 2 mars, après la rentrée des vacances d'hiver, devant les faits commis, à savoir : « acte de prosélytisme et départ d'un cours sans autorisation avec refus d'obéissance ». Le collège qualifie de faute grave l’attitude la fille justifiant une sanction disciplinaire.

Je me fais fort de mettre de côté le « slogan » de la discorde, cet épineux sujet qui déchaine très vite tous les délires et toutes les haines.
Ce dont je veux juste parler est bien le port du T-shirt flanqué d’un message, je veux juste dénoncer ce degré inconséquent de lecture faite par ce professeur.
Je me souviens d’un temps où il était interdit d’interdire, nous nous parions alors de tous les messages, aussi provocant soient-ils. Je me souviens d’une époque où toute notre rage était là, sur un bout de tissus que l’on arborait fièrement. Qu’il s’agisse du Che, de l’étoile rouge révolutionnaire, de Fuck The Police, du A d’anarchie, du No Future, du Destroy… Nous étions là, tout était là, nous existions. Nous construisions une vie avec des mots qui devenaient des signes, des symboles, où la lecture comptait peu, où les images de nos rocks stars déjantés voulaient dire au monde de quel bord nous étions et ce que nous pensions du système et de la société. Nous donnions aux mots un sens avec des moyens indirects pour mettre à l'épreuve les théories des linguistes, pour mettre à l’épreuve la cognition, la capacité de l’esprit humain à manipuler et saisir des concepts.
Nous offrions des signes pour permettre à l’autre des significations. Nous nous accaparions des formes visuelles pour en faire du sens avec toute une ribambelle de conséquences qui échappaient à notre conscience : seul le résultat comptait. Quoi de plus simple en apparence ? Tout ce que nous voulions faire, c'était inventer de nouvelles réactions. Qu'est-ce que le sens d'un mot ou plusieurs mots isolés et portés sur un vêtement ? Pourquoi ces mots prennent une nouvelle portée à s’afficher de la sorte ? Comment, sous la bannière de la contestation, un groupe non négligeable d’individus avait décidé de porter le foulard palestinien ou les symboles d’un communisme aujourd’hui révolu ?
Je ne saurai pas répondre, mais comme beaucoup d’entre nous, j’ai vécu ces temps et je m’y suis épanoui, au lendemain de 68 et à l’aube d’une société craintive et sécuritaire. Je regrette que mes enfants ne puissent profiter de ces petites libertés, qu’ils subissent les foudres d’une société qui oscille entre la paranoïa et l’intolérance.

4.2.10

« Lebanon », lion d'or à la Mostra de Venise : Distinction sur le lieu du crime

L'Israélien Samuel Maoz, 47 ans, a triomphé à la 66e Mostra de Venise avec un premier film autobiographique « écrit avec ses tripes », qui montre les horreurs de la guerre à travers le viseur d'un char.

En septembre 2009, la nouvelle de l'AFP ajoute que le cinéaste s'est exclamé en recevant son prix des mains du président du jury, l'Américano-taïwanais Ang Lee :

« Merci pour ce bonheur. Je dédie ce prix aux milliers de personnes à travers le monde qui comme moi sont retournées de la guerre saines et sauves. Apparemment, elles vont bien, elles sont mariées, elles ont des enfants, mais à l'intérieur elles ont dû apprendre à vivre avec leur douleur ».

A quelques jours de sa sortie, Rue89 en fait la réclame depuis lundi et une bannière vue sur son site, posée en haut à droite, annonce le film avec des extraits d'éloges dithyrambiques…

Ce film autobiographique fait vivre le début de la première guerre du Liban en 1982, à travers la meurtrière avancée d'un tank israélien. Traumatisé par des combats où, jeune soldat de vingt ans, ce natif de Tel Aviv fut tireur dans un blindé, Maoz a mis 25 ans à en tirer ce film « puissant, » à « rebours de tout héroïsme », qui « montre la guerre avec une radicale nouveauté » nourrie des douloureux souvenirs de son réalisateur,

Ainsi, un nouvel hommage est rendu au cinéma israélien, après Valse avec Bachir, un autre film israélien qui a obtenu de nombreux prix dans le monde, dont le Golden Globe Award du meilleur film étranger et le César du meilleur film étranger en 2009, et était en compétition pour la Palme d'Or 2008 et l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2009.

Un critique français avait rapporté que la salle, le public et le jury de Cannes, étaient fortement impressionnés par ce film où le jeune soldat et futur réalisateur du film, Ari Folman, fait son service militaire dans l'armée de son pays et vit le reste de sa vie avec une culpabilité freudienne sans se souvenir de rien. Plus aucun souvenir, alors qu'il était là, à quelques centaines de mètres des camps palestiniens, au moment des massacres de Sabra et Chatila.

Du succès rencontré par le premier film à celui annoncé pour le deuxième, je me retrouve étrangement envahi de sentiments confus. Je ne pense pas être le seul, et beaucoup d'autres Libanais doivent en être tout aussi ébahis. Ce qui m'anime est difficile à décrire, en prenant soin d'éviter l'étalage des haines ordinaires et sans intérêt, j'ai une sourde et étrange colère face à ce que je ressens comme tribulations dans les valeurs culturelles.

Beaucoup plus tôt, il y a pratiquement 25 ans, un journaliste britannique « de renommée internationale, spécialiste du Proche-Orient » (RSF), Robert Fisk, dénoncait les massacres de Sabra et Chatila. Pour ses positions, il a été l'objet de nombreuses critiques et menaces dans le monde anglo-saxon, pour les critiques qu'il a exprimées à l'égard des politiques israélienne et américaine dans la région. Il disait pourtant que « le Moyen-Orient n'est pas un jeu de photos, c'est une tragédie, c'est du sang. » Il le prouve merveilleusement dans son ouvrage Liban, nation martyr.

Bernard Wallet, éditeur emblématique des éditions Verticales, en poste à Beyrouth pour les éditions Gallimard dans les années 1970-1980, évoque « ses amis [qui] préfèrent dédaigner les événements irréfragables dont il a été témoin effaré, plutôt que de renoncer à l'idée qu'ils s'en font » dans son livre « Paysage avec palmiers »… et depuis rien !

Qu'est ce qui vaut alors que les uns soient écoutés et les autres à peine ? Qu'est ce qui donne au bourreau plus reconnaissance dans la reconstitution de l'histoire ? Qu'est ce qui fait que l'on soit admiratif devant un cinéaste qui « écrit avec les tripes » et que l'on ferme les yeux devant les victimes qui font son film quand elles ont les tripes à l'air ? Qui est ce qui donne à ceux qui produisent les carnages le droit à la poésie et l'admiration de la critique ? Est-ce la logique des choses que de perpétuer les massacres et d'en faire des films « impressionnants » ?

L'armée israélienne envahit le Liban plusieurs fois, en 1978, en 1982, provoquant à chaque fois plusieurs massacres. Elle lance deux offensives sanglantes en 1996 et en 2006. Elle occupe une bande frontalière au Sud Liban pendant plus de vingt ans, elle va jusqu'à placer des antennes du Ministère de l'intérieur israélien à Nabatiyé et Saïda, ainsi que de nombreux centres de détentions et d'interrogatoires, comme à Bent-Jbeil, le camp d'Ansar ou à la prison de Khiam.

En plus de la logistique fournie lors de massacre de Sabra et Chatila, elle participe directement à deux massacres autour de Beiteddine, et un dans les faubourgs de Hazmieh.

Le 18 avril 1996, au cours d'un bombardement, l'artillerie israélienne bombarde un camp de réfugiés des Nations Unies à Qana, prétextant une erreur de tir. Le bilan de ce massacre du camp est dramatique : 104 civils désarmés sont tués et plusieurs dizaines de blessés sont comptabilisés. Les casques bleus comptent aussi parmi les victimes.

Un film amateur tourné durant l'attaque par un soldat de l'ONU confirme que l'attaque israélienne semble délibérée et ne constitue en rien une « erreur de tir » comme le déclare alors le gouvernement israélien. Cette vidéo n'a pas été prise en compte dans l'enquête qui s'en suit. Interrogé sur l'effet du largage de la bombe sur Qana, le pilote répond avoir ressenti une petite secousse au niveau de l'appareil. A quand son film qui nous en dira plus !

L'histoire et les souffrances de mon pays se racontent par ses agresseurs, pire encore, elles font office de thérapie de déculpabilisation. Le jour de la remise du Lion d'or, le film primé est dédié à tous ceux qui sont revenus sains et saufs, il ne rend aucunement hommage à ceux massacrés et tués sur place pendant les excursions sanglantes et barbares.

Le film semble « émouvant » pour ceux qui ne manifestaient, en leurs temps, que de l'indifférence aux faits réels qui en font l'histoire. Une consécration pour ceux qui ont semé des bombes à fragmentation, au phosphore et au napalm, et qui récoltent aujourd'hui de très hautes distinctions culturelles… en or.

Je n'ai pas vu ce film. Sans doute, je le verrai un jour. Je suis certain que je ne pourrai pas le voir avec les yeux du cinéphile que je suis, mes yeux ont vu beaucoup trop de choses dont il est justement question, je ne les ai pas oubliées et rien ne pourra venir les couvrir d'aucun voile, aussi culturel soit-il.

Je ne serai pas le bon spectateur car je porterai la mémoire des horreurs vécues et je ne verrai ces images autrement qu'en ramassis de cynisme. Le pardon par le cinéma, s'il en est, ne suffira jamais. Le cinéma retrouverait mieux ses lettres de noblesse en allant proposer ses moyens d'expression, au moins en alternative, aux milieux éternellement déshérités des victimes de ses guerres, mais comment faire ?

Valse avec Bachir avait annoncé la couleur de ce cynisme avec les dernières images réelles tournées par une équipe anglaise où le film s'arrête sur le cri de désespoir d'une femme palestinienne lancé à la caméra : Wayn el arab ? (Où sont les Arabes ? ). A cet instant, le doute même sur l'existence réelle des « Arabes » nous envahit et une partie de notre identité s'est subitement envolée dans une œuvre israélienne.

L'autre partie vient de s'ébranler dans cette deuxième œuvre de la même nationalité, sur le même sujet, comme un arrogant coupable qui revient sur le lieu du crime. Comble de la dépossession, elle s'intitule Lebanon.