Cela s’est passé hier, rapporté dans une nouvelle de l’AFP relayée par LibéLyon. Voici grosso modo de quoi il s’agit : une jeune fille de 16 ans d'un collège de Villefranche-sur-Saône a été exclue trois jours de l'établissement pour « prosélytisme » après avoir porté en cours un tee-shirt « Palestine libre ».
Sur un autre site, il est dit que son professeur d’histoire avait, dans un cours précédent, fait l’éloge d’Israël et repris à son compte et devant les élèves toute la rhétorique justifiant la colonisation de la Palestine. Du coup, Zeyneb, la jeune fille, décide de s’opposer à « cette propagande indigne d’un fonctionnaire de la République en venant le lendemain en classe avec un tee-shirt : Palestine libre ». Sommée alors de cacher son tee-shirt ou de quitter le cours, Zeyneb, choquée et humiliée par les cris de son professeur, a préféré sortir de classe. Le professeur s’en est alors pris aux défenseurs de la cause palestinienne, les taxant de « charlots » et de « charlatans ». Du coup, la direction du collège prévoit une sanction envers la jeune fille qui prendra effet le 2 mars, après la rentrée des vacances d'hiver, devant les faits commis, à savoir : « acte de prosélytisme et départ d'un cours sans autorisation avec refus d'obéissance ». Le collège qualifie de faute grave l’attitude la fille justifiant une sanction disciplinaire.
Je me fais fort de mettre de côté le « slogan » de la discorde, cet épineux sujet qui déchaine très vite tous les délires et toutes les haines.
Ce dont je veux juste parler est bien le port du T-shirt flanqué d’un message, je veux juste dénoncer ce degré inconséquent de lecture faite par ce professeur.
Je me souviens d’un temps où il était interdit d’interdire, nous nous parions alors de tous les messages, aussi provocant soient-ils. Je me souviens d’une époque où toute notre rage était là, sur un bout de tissus que l’on arborait fièrement. Qu’il s’agisse du Che, de l’étoile rouge révolutionnaire, de Fuck The Police, du A d’anarchie, du No Future, du Destroy… Nous étions là, tout était là, nous existions. Nous construisions une vie avec des mots qui devenaient des signes, des symboles, où la lecture comptait peu, où les images de nos rocks stars déjantés voulaient dire au monde de quel bord nous étions et ce que nous pensions du système et de la société. Nous donnions aux mots un sens avec des moyens indirects pour mettre à l'épreuve les théories des linguistes, pour mettre à l’épreuve la cognition, la capacité de l’esprit humain à manipuler et saisir des concepts.
Nous offrions des signes pour permettre à l’autre des significations. Nous nous accaparions des formes visuelles pour en faire du sens avec toute une ribambelle de conséquences qui échappaient à notre conscience : seul le résultat comptait. Quoi de plus simple en apparence ? Tout ce que nous voulions faire, c'était inventer de nouvelles réactions. Qu'est-ce que le sens d'un mot ou plusieurs mots isolés et portés sur un vêtement ? Pourquoi ces mots prennent une nouvelle portée à s’afficher de la sorte ? Comment, sous la bannière de la contestation, un groupe non négligeable d’individus avait décidé de porter le foulard palestinien ou les symboles d’un communisme aujourd’hui révolu ?
Je ne saurai pas répondre, mais comme beaucoup d’entre nous, j’ai vécu ces temps et je m’y suis épanoui, au lendemain de 68 et à l’aube d’une société craintive et sécuritaire. Je regrette que mes enfants ne puissent profiter de ces petites libertés, qu’ils subissent les foudres d’une société qui oscille entre la paranoïa et l’intolérance.
Sur un autre site, il est dit que son professeur d’histoire avait, dans un cours précédent, fait l’éloge d’Israël et repris à son compte et devant les élèves toute la rhétorique justifiant la colonisation de la Palestine. Du coup, Zeyneb, la jeune fille, décide de s’opposer à « cette propagande indigne d’un fonctionnaire de la République en venant le lendemain en classe avec un tee-shirt : Palestine libre ». Sommée alors de cacher son tee-shirt ou de quitter le cours, Zeyneb, choquée et humiliée par les cris de son professeur, a préféré sortir de classe. Le professeur s’en est alors pris aux défenseurs de la cause palestinienne, les taxant de « charlots » et de « charlatans ». Du coup, la direction du collège prévoit une sanction envers la jeune fille qui prendra effet le 2 mars, après la rentrée des vacances d'hiver, devant les faits commis, à savoir : « acte de prosélytisme et départ d'un cours sans autorisation avec refus d'obéissance ». Le collège qualifie de faute grave l’attitude la fille justifiant une sanction disciplinaire.
Je me fais fort de mettre de côté le « slogan » de la discorde, cet épineux sujet qui déchaine très vite tous les délires et toutes les haines.
Ce dont je veux juste parler est bien le port du T-shirt flanqué d’un message, je veux juste dénoncer ce degré inconséquent de lecture faite par ce professeur.
Je me souviens d’un temps où il était interdit d’interdire, nous nous parions alors de tous les messages, aussi provocant soient-ils. Je me souviens d’une époque où toute notre rage était là, sur un bout de tissus que l’on arborait fièrement. Qu’il s’agisse du Che, de l’étoile rouge révolutionnaire, de Fuck The Police, du A d’anarchie, du No Future, du Destroy… Nous étions là, tout était là, nous existions. Nous construisions une vie avec des mots qui devenaient des signes, des symboles, où la lecture comptait peu, où les images de nos rocks stars déjantés voulaient dire au monde de quel bord nous étions et ce que nous pensions du système et de la société. Nous donnions aux mots un sens avec des moyens indirects pour mettre à l'épreuve les théories des linguistes, pour mettre à l’épreuve la cognition, la capacité de l’esprit humain à manipuler et saisir des concepts.
Nous offrions des signes pour permettre à l’autre des significations. Nous nous accaparions des formes visuelles pour en faire du sens avec toute une ribambelle de conséquences qui échappaient à notre conscience : seul le résultat comptait. Quoi de plus simple en apparence ? Tout ce que nous voulions faire, c'était inventer de nouvelles réactions. Qu'est-ce que le sens d'un mot ou plusieurs mots isolés et portés sur un vêtement ? Pourquoi ces mots prennent une nouvelle portée à s’afficher de la sorte ? Comment, sous la bannière de la contestation, un groupe non négligeable d’individus avait décidé de porter le foulard palestinien ou les symboles d’un communisme aujourd’hui révolu ?
Je ne saurai pas répondre, mais comme beaucoup d’entre nous, j’ai vécu ces temps et je m’y suis épanoui, au lendemain de 68 et à l’aube d’une société craintive et sécuritaire. Je regrette que mes enfants ne puissent profiter de ces petites libertés, qu’ils subissent les foudres d’une société qui oscille entre la paranoïa et l’intolérance.