« Si la vérité était simple, il n’y aurait pas tant de sortes de mensonges. » Évagoras de Mégare

Depuis longtemps, le mensonge a trouvé sa place dans l'établissement de différents phénomènes de société, pour un temps ou pour toujours. Son incursion dans le mécanisme d’évolution de cette même société se fait par l’information, par l’apprentissage, par la gestion du pouvoir ou par la représentation imaginaire d'un ensemble de faits dans le but de transformer le réel et par là même se montrer sous un aspect favorable.
On se souvient de Frances Griffiths, 10 ans, et sa cousine Elsie Wright, 16 ans, qui ont interprété des taches blanches sur une photo qu’elles ont prise comme étant des « fées », sans se douter qu'elles donnaient ainsi le coup d'envoi à une supercherie qui n'allait connaître son dénouement que 65 années plus tard. L'affaire prend une ampleur en 1920, lorsque la mère d'Elsie, Polly Wright, assiste à une conférence de la Société de Théosophie de Bradford portant sur le folklore, et plus particulièrement sur les croyances en les fées. À la fin de la réunion, Mme Wright mentionne les photos au conférencier, qui demande à les voir. Les plaques originales seront par la suite envoyées pour analyse qui aura des résultats positifs. En mai suivant, les photos sont présentées lors d'une autre conférence à laquelle participe Sir Arthur Conan Doyle, le célèbre auteur de Sherlock Holmes. À cette époque, Doyle est un élément actif et influent au sein du mouvement spiritualiste, alors très en vogue au Royaume-Uni (une vague de photographies de fantômes a d'ailleurs été observée de 1860 à 1920). Il publiera par la suite deux articles favorables aux photographies, puis un livre (The Coming of the Fairies) en 1922. Ces publications lui vaudront de vives critiques, plusieurs se demandant comment le créateur du brillant Holmes a pu tomber dans un tel panneau. On peut tout de même supposer que la « caution » d'un personnage comme Doyle ne soit pas étrangère à la longévité de la légende. L'histoire connaît son dénouement en 1983, quand les deux cousines ont décidé de révéler la supercherie.
Pas très loin de nos jours, en 1980, a débuté une vague d'apparitions de cercles étranges dans les champs anglais caractérisés par un aplatissement des plantes sur un diamètre d'environ dix mètres, sans aucune trace extérieure au cercle permettant d'en déterminer le mode de création. Les « experts » étudiant ces manifestations étranges étant conscients qu'une terminologie était indispensable, on nomma cette nouvelle science consacrée à l'étude du phénomène : la céréologie. L’hypothèse la plus répandue par les médias était celle d'atterrissage d'ovnis. Excitation générale jusqu’en septembre 1991, ou deux sexagénaires anglais, Doug Bower et David Chorley, ont affirmé avoir créé près de 250 de ces fameux cercles. Pour en apporter la preuve, ils créèrent un cercle pour le tabloïd Today qui fut par la suite déclaré « authentique » par un expert du phénomène…
Ainsi la citation de Michel Beaulieu dans son ouvrage La Représentation prend tout son sens : « Quitte à mentir, il faut toujours inventer les mensonges les plus énormes de façon que celui qui les reçoit n'en doute pas, trouvant impossible qu'à ce point on puisse mentir. »
Dans un autre registre, placé à une échelle humainement démesurée, il y a le « mensonge comme moyen de gouverner » (pour reprendre le titre d’un excellent article sur la question de Etiemble dans Le Nouvel Observateur du 30 novembre 1966).
On connaît les nombreux mensonges de la guerre du Golfe en 1991 avec ses scènes préalablement filmées en studio, les déclarations de l'ambassadrice américaine en Irak assurant Saddam Hussein de la neutralité des États-Unis en cas d'invasion du Koweït, la minimisation du nombre des victimes dans les deux camps et l'exagération de la puissance militaire irakienne, etc. Sans compter les fausses promesses faites aux Chiites et aux Kurdes en cas de soulèvement contre Saddam Hussein, soulèvements soldés par des massacres, certains à l'arme chimique.
C'est sans aucun doute l'Arabie saoudite qui a eu droit à la pire imposture de la part des États-Unis. Voulant obtenir la collaboration de ce pays et y établir leurs bases militaires, les États-Unis ont présenté à ses dirigeants des photos, prétendument prises des airs par des avions espions, montrant les troupes irakiennes massées à leur frontière prêtes pour l'invasion. Jamais les journalistes n'ont pu avoir accès à ces photos et il ne fait aucun doute aujourd'hui qu'il s'agissait de photos truquées.
Viendra ensuite la deuxième guerre que les États-Unis avaient déjà décidé pour envahir l'Afghanistan et l'Irak bien avant le 11 septembre ; devenu le prétexte attendu. Depuis plusieurs années, des proches de la Maison-Blanche incitaient les présidents successifs à attaquer l'Irak. Deux d'entre eux, Paul Wolfowitz et Richard Perle, avaient écrit à Clinton en janvier 1998 une lettre ouverte dans un hebdomaire exigeant que les Etats-Unis attaquent Bagdad. "Nous croyons que l'Amérique a le droit, selon les présentes résolutions du Conseil de sécurité, de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris la guerre, pour défendre nos intérêts vitaux dans le Golfe." Dick Cheney et Donald Rumsfeld avaient co-signé cette lettre.
La guerre est enfin engagée. Et l’on assistera à l’un des plus grand mensonge de l’histoire. Alors que les États-Unis ont signé la convention internationale contre l'utilisation d’armes chimiques. Ils ont, lors de la Guerre du Golfe, utilisé des bombes à uranium appauvri, causant des victimes parmi leurs propres militaires. Le Pentagone n'a pas protégé ses propres forces armées de la haute toxicité des armes utilisées contre l'Irak et a cherché par tous les moyens et tous les mensonges à cacher au public les conséquences néfastes d'une telle utilisation. L'uranium appauvri, fabriqué à partir de déchets nucléaires, peut tout percer et reste radioactif pendant 4 milliards d'années. En Irak, il aurait fait des centaines de milliers de morts et chaque jour un à deux enfants naissent avec des malformations causées par la radioactivité.
Sur un site qui présente Le Monde en miettes, fragments d’Évagoras de Mégare, il y a cette phrase mise en exergue : Il ne suffit pas de savoir ce qu’une chose n’est pas pour savoir ce qu’elle est, mais il est impossible de savoir ce qu’une chose est si l’on ne sait pas ce qu’elle n’est pas. Elle me permet de finir sur le mensonge comme moyen de gouverner sans oublier de mentionner une étude complète sur le traitement du mensonge dans la politique : L’Art du mensonge dans la Contre-utopie de Cyril Moulard.
En marge des deux mécaniques évoquées plus haut, la première pour étayer une notion scientifique et la deuxième, politique ; il y a le mensonge pathologique.
Selon le « mensonge-névrose » de Sutter, il s'agit avant tout d'une explosion réactionnelle à une situation conflictuelle pénible, échappant en grande partie à la conscience. L'origine du mensonge n'est pas bien saisie par le sujet.
« Je ne pensais pas que ce serait médiatisé », se justifiait alors Marie Leblanc, la mythomane du RER D qui a simulé une agression antisémite. On pense alors à l’âge au cours duquel l'enfant ne sépare pas le subjectif de l'objectif, c'est à dire qu'il considère le mensonge tel qu'il lui est présenté par l'éducation adulte, comme associé directement à ses conséquences et non pas à une intention. D'où un amalgame erreur/mensonge. A titre d'exemple, Piaget a montré dans ces études sur de très jeunes enfants que ceux ci jugeront mauvais le fait d'indiquer un chemin inexacte à une personne qui s'est perdue, parce qu'on s'est trompé, alors que le fait de mentir à ses parents sur la réalité d'une note obtenue en classe n'est pas considéré comme mauvais par l'enfant si les parents ne découvrent pas qu'il y a falsification de la vérité. Il ne peut pas discriminer la réalité de la fable, et donc pour lui le mensonge est exclu.
Revenons à l'agression du RER, il s’en est suivi des réactions en chaîne tant l’intention de la personne qui parle devient plus importante que les mots eux-mêmes. Le mensonge retentit comme un jugement manifestement négatif, dénonçant un comportement de ruse ou de calcul qui demeure condamnable par comparaison avec son contraire, la vérité.
Vraie dans tous ses détails, exagérée dans certains d’entre eux ou complètement inventée, l’histoire de cette agression a au moins une fonction d’analyseur du système spectaculaire : elle montre combien collectivement nous avons besoin de recourir au récit mythique, à la rumeur, pour prendre la mesure des maux qui gangrènent les rapports sociaux et particulièrement les rapports sociaux de sexe, lorsqu’ils mettent en jeu, et en péril, les fondements symboliques et inconscients du rapport à soi et à l’autre.
Mettant en scène le sexisme et l’antisémitisme, tous deux bien réels, la légende du RER est passée du statut du mensonge individuel au statut d’une crise de société surchargée symboliquement.
De son côté, le jeune homme retrouvé en avril sur une plage britannique portant un smoking, inconscient, sur la plage de l'île de Sheppey, dans le Kent, qui, une fois transporté à l'hôpital de Gillingham, refuse de parler, présente un exemple de lutte contre l'incrédulité ambiante. Elle est l'obsession fondamentale du mythomane. La peur de se contredire et de se voir contredire peut entraîner des réactions de défenses parfois violentes l’emmènent alors à se taire, quatre mois durant. La fabrication de fausse preuves (découper les étiquettes de ses vêtements, porter des partitions musicales et dessiner un piano alors qu’il s’est avéré être un mauvais pianiste) constitue une aggravation dans l'attitude du mythomane. Les premiers résulats d'un tel mensonge, relayés par la presse qui s'est emballée sans aucunes mesures, sont souvent couronnées de succès inattendus, ce qui l'encourage à continuer. Elles n'en constituent pas moins de véritables bombes à retardement. Au fil du temps, les preuves seront de moins en moins élaborées, leur dévaluation entraînant celles des premières. La participation du mythomane non pas en tant que témoin ou en tant que conteur de mythes, mais en tant qu'acteur direct constitue le stade ultime de sa névrose. Toute dévaluation à ce stade ne peut que porter qu'un coup définitif au mythomane qui ne pourra survire que dans une éventuelle errance. On connaît la suite.
Quoi de plus sur le mensonge si ce n'est une note légère, comme seul l'art sait le faire, le dernier mot revient à Ben : Le jour où j'arrêterai de mentir, je ne ferai plus d'art !!! Ce qui explique sans doute que mentir soit relégué au rang de l'art. Entendez, l'art de mentir.

Depuis longtemps, le mensonge a trouvé sa place dans l'établissement de différents phénomènes de société, pour un temps ou pour toujours. Son incursion dans le mécanisme d’évolution de cette même société se fait par l’information, par l’apprentissage, par la gestion du pouvoir ou par la représentation imaginaire d'un ensemble de faits dans le but de transformer le réel et par là même se montrer sous un aspect favorable.
On se souvient de Frances Griffiths, 10 ans, et sa cousine Elsie Wright, 16 ans, qui ont interprété des taches blanches sur une photo qu’elles ont prise comme étant des « fées », sans se douter qu'elles donnaient ainsi le coup d'envoi à une supercherie qui n'allait connaître son dénouement que 65 années plus tard. L'affaire prend une ampleur en 1920, lorsque la mère d'Elsie, Polly Wright, assiste à une conférence de la Société de Théosophie de Bradford portant sur le folklore, et plus particulièrement sur les croyances en les fées. À la fin de la réunion, Mme Wright mentionne les photos au conférencier, qui demande à les voir. Les plaques originales seront par la suite envoyées pour analyse qui aura des résultats positifs. En mai suivant, les photos sont présentées lors d'une autre conférence à laquelle participe Sir Arthur Conan Doyle, le célèbre auteur de Sherlock Holmes. À cette époque, Doyle est un élément actif et influent au sein du mouvement spiritualiste, alors très en vogue au Royaume-Uni (une vague de photographies de fantômes a d'ailleurs été observée de 1860 à 1920). Il publiera par la suite deux articles favorables aux photographies, puis un livre (The Coming of the Fairies) en 1922. Ces publications lui vaudront de vives critiques, plusieurs se demandant comment le créateur du brillant Holmes a pu tomber dans un tel panneau. On peut tout de même supposer que la « caution » d'un personnage comme Doyle ne soit pas étrangère à la longévité de la légende. L'histoire connaît son dénouement en 1983, quand les deux cousines ont décidé de révéler la supercherie.
Pas très loin de nos jours, en 1980, a débuté une vague d'apparitions de cercles étranges dans les champs anglais caractérisés par un aplatissement des plantes sur un diamètre d'environ dix mètres, sans aucune trace extérieure au cercle permettant d'en déterminer le mode de création. Les « experts » étudiant ces manifestations étranges étant conscients qu'une terminologie était indispensable, on nomma cette nouvelle science consacrée à l'étude du phénomène : la céréologie. L’hypothèse la plus répandue par les médias était celle d'atterrissage d'ovnis. Excitation générale jusqu’en septembre 1991, ou deux sexagénaires anglais, Doug Bower et David Chorley, ont affirmé avoir créé près de 250 de ces fameux cercles. Pour en apporter la preuve, ils créèrent un cercle pour le tabloïd Today qui fut par la suite déclaré « authentique » par un expert du phénomène…
Ainsi la citation de Michel Beaulieu dans son ouvrage La Représentation prend tout son sens : « Quitte à mentir, il faut toujours inventer les mensonges les plus énormes de façon que celui qui les reçoit n'en doute pas, trouvant impossible qu'à ce point on puisse mentir. »
Dans un autre registre, placé à une échelle humainement démesurée, il y a le « mensonge comme moyen de gouverner » (pour reprendre le titre d’un excellent article sur la question de Etiemble dans Le Nouvel Observateur du 30 novembre 1966).
On connaît les nombreux mensonges de la guerre du Golfe en 1991 avec ses scènes préalablement filmées en studio, les déclarations de l'ambassadrice américaine en Irak assurant Saddam Hussein de la neutralité des États-Unis en cas d'invasion du Koweït, la minimisation du nombre des victimes dans les deux camps et l'exagération de la puissance militaire irakienne, etc. Sans compter les fausses promesses faites aux Chiites et aux Kurdes en cas de soulèvement contre Saddam Hussein, soulèvements soldés par des massacres, certains à l'arme chimique.
C'est sans aucun doute l'Arabie saoudite qui a eu droit à la pire imposture de la part des États-Unis. Voulant obtenir la collaboration de ce pays et y établir leurs bases militaires, les États-Unis ont présenté à ses dirigeants des photos, prétendument prises des airs par des avions espions, montrant les troupes irakiennes massées à leur frontière prêtes pour l'invasion. Jamais les journalistes n'ont pu avoir accès à ces photos et il ne fait aucun doute aujourd'hui qu'il s'agissait de photos truquées.
Viendra ensuite la deuxième guerre que les États-Unis avaient déjà décidé pour envahir l'Afghanistan et l'Irak bien avant le 11 septembre ; devenu le prétexte attendu. Depuis plusieurs années, des proches de la Maison-Blanche incitaient les présidents successifs à attaquer l'Irak. Deux d'entre eux, Paul Wolfowitz et Richard Perle, avaient écrit à Clinton en janvier 1998 une lettre ouverte dans un hebdomaire exigeant que les Etats-Unis attaquent Bagdad. "Nous croyons que l'Amérique a le droit, selon les présentes résolutions du Conseil de sécurité, de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris la guerre, pour défendre nos intérêts vitaux dans le Golfe." Dick Cheney et Donald Rumsfeld avaient co-signé cette lettre.
La guerre est enfin engagée. Et l’on assistera à l’un des plus grand mensonge de l’histoire. Alors que les États-Unis ont signé la convention internationale contre l'utilisation d’armes chimiques. Ils ont, lors de la Guerre du Golfe, utilisé des bombes à uranium appauvri, causant des victimes parmi leurs propres militaires. Le Pentagone n'a pas protégé ses propres forces armées de la haute toxicité des armes utilisées contre l'Irak et a cherché par tous les moyens et tous les mensonges à cacher au public les conséquences néfastes d'une telle utilisation. L'uranium appauvri, fabriqué à partir de déchets nucléaires, peut tout percer et reste radioactif pendant 4 milliards d'années. En Irak, il aurait fait des centaines de milliers de morts et chaque jour un à deux enfants naissent avec des malformations causées par la radioactivité.
Sur un site qui présente Le Monde en miettes, fragments d’Évagoras de Mégare, il y a cette phrase mise en exergue : Il ne suffit pas de savoir ce qu’une chose n’est pas pour savoir ce qu’elle est, mais il est impossible de savoir ce qu’une chose est si l’on ne sait pas ce qu’elle n’est pas. Elle me permet de finir sur le mensonge comme moyen de gouverner sans oublier de mentionner une étude complète sur le traitement du mensonge dans la politique : L’Art du mensonge dans la Contre-utopie de Cyril Moulard.
En marge des deux mécaniques évoquées plus haut, la première pour étayer une notion scientifique et la deuxième, politique ; il y a le mensonge pathologique.
Selon le « mensonge-névrose » de Sutter, il s'agit avant tout d'une explosion réactionnelle à une situation conflictuelle pénible, échappant en grande partie à la conscience. L'origine du mensonge n'est pas bien saisie par le sujet.
« Je ne pensais pas que ce serait médiatisé », se justifiait alors Marie Leblanc, la mythomane du RER D qui a simulé une agression antisémite. On pense alors à l’âge au cours duquel l'enfant ne sépare pas le subjectif de l'objectif, c'est à dire qu'il considère le mensonge tel qu'il lui est présenté par l'éducation adulte, comme associé directement à ses conséquences et non pas à une intention. D'où un amalgame erreur/mensonge. A titre d'exemple, Piaget a montré dans ces études sur de très jeunes enfants que ceux ci jugeront mauvais le fait d'indiquer un chemin inexacte à une personne qui s'est perdue, parce qu'on s'est trompé, alors que le fait de mentir à ses parents sur la réalité d'une note obtenue en classe n'est pas considéré comme mauvais par l'enfant si les parents ne découvrent pas qu'il y a falsification de la vérité. Il ne peut pas discriminer la réalité de la fable, et donc pour lui le mensonge est exclu.
Revenons à l'agression du RER, il s’en est suivi des réactions en chaîne tant l’intention de la personne qui parle devient plus importante que les mots eux-mêmes. Le mensonge retentit comme un jugement manifestement négatif, dénonçant un comportement de ruse ou de calcul qui demeure condamnable par comparaison avec son contraire, la vérité.
Vraie dans tous ses détails, exagérée dans certains d’entre eux ou complètement inventée, l’histoire de cette agression a au moins une fonction d’analyseur du système spectaculaire : elle montre combien collectivement nous avons besoin de recourir au récit mythique, à la rumeur, pour prendre la mesure des maux qui gangrènent les rapports sociaux et particulièrement les rapports sociaux de sexe, lorsqu’ils mettent en jeu, et en péril, les fondements symboliques et inconscients du rapport à soi et à l’autre.
Mettant en scène le sexisme et l’antisémitisme, tous deux bien réels, la légende du RER est passée du statut du mensonge individuel au statut d’une crise de société surchargée symboliquement.
De son côté, le jeune homme retrouvé en avril sur une plage britannique portant un smoking, inconscient, sur la plage de l'île de Sheppey, dans le Kent, qui, une fois transporté à l'hôpital de Gillingham, refuse de parler, présente un exemple de lutte contre l'incrédulité ambiante. Elle est l'obsession fondamentale du mythomane. La peur de se contredire et de se voir contredire peut entraîner des réactions de défenses parfois violentes l’emmènent alors à se taire, quatre mois durant. La fabrication de fausse preuves (découper les étiquettes de ses vêtements, porter des partitions musicales et dessiner un piano alors qu’il s’est avéré être un mauvais pianiste) constitue une aggravation dans l'attitude du mythomane. Les premiers résulats d'un tel mensonge, relayés par la presse qui s'est emballée sans aucunes mesures, sont souvent couronnées de succès inattendus, ce qui l'encourage à continuer. Elles n'en constituent pas moins de véritables bombes à retardement. Au fil du temps, les preuves seront de moins en moins élaborées, leur dévaluation entraînant celles des premières. La participation du mythomane non pas en tant que témoin ou en tant que conteur de mythes, mais en tant qu'acteur direct constitue le stade ultime de sa névrose. Toute dévaluation à ce stade ne peut que porter qu'un coup définitif au mythomane qui ne pourra survire que dans une éventuelle errance. On connaît la suite.
Quoi de plus sur le mensonge si ce n'est une note légère, comme seul l'art sait le faire, le dernier mot revient à Ben : Le jour où j'arrêterai de mentir, je ne ferai plus d'art !!! Ce qui explique sans doute que mentir soit relégué au rang de l'art. Entendez, l'art de mentir.