24.7.05

Rest in peace Jean-Charles de Menezes


Vendredi 22 juillet, peu après 10 heures, les Londoniens et le monde entier apprennent que des policiers armés viennent d'abattre un homme dans une rame de métro de la Northern Line, à la station de Stockwell, au sud de la Tamise. Dans la foulée de toutes les réussites à l’anglaise, on espérait tellement que cet acte soit un exemple réussi de lutte contre le terrorisme, que certains médias anglais n’hésitent pas, faute d’une simple retenue, à se vanter d’avoir une police qui tue parce que le suspect " aurait pû " être un kamikaze.

Un témoin présent dans la rame au moment des faits, raconte quelques minutes plus tard sur les chaînes nationales : "Je lisais mon journal quand j'ai entendu des cris. Des voix criaient "à terre ! à terre !" mais aussi "sortez ! sortez !" .Un jeune homme de type pakistanais, une casquette de base-ball sur la tête et portant un épais pull-over, est entré en courant dans mon wagon, poursuivi par des policiers armés. Il est tombé, un policier a tiré sur lui, cinq balles, à bout portant. J'ai pris mes jambes à mon cou."

Visiblement choqués, des dizaines de passagers ont assisté à la scène. Ils disent ne pas avoir entendu les avertissements d'usage précédant habituellement un tir de la police. Pourtant, celle-ci assure que le suspect a été à plusieurs reprises "sommé de se rendre" avant d'être abattu. Des "sources" ont ensuite indiqué à l'agence Press Association que cet homme n'était pas l'un des quatre suspects "capturés" par la vidéosurveillance. La police dit qu'il sortait d'une "maison surveillée " et qu'elle poursuit ses vérifications.

A 15 h 30, après avoir repoussé à deux reprises la tenue d'une conférence de presse, Ian Blair et son adjoint Andy Hayman s'adressent au pays, en direct à la télévision. "Un homme a été abattu ce matin à Stockwell [...]. Inutile de préciser que toute mort est absolument regrettable, mais le suspect a été sommé de se rendre, a refusé d'obéir et a donc été abattu [...]. Cet incident est directement lié aux attaques d'hier." Ian Blair, grave, insiste : "Nos opérations ciblent des criminels et non une communauté particulière [...]. Des rumeurs font le tour de Londres, je demande aux Londoniens de s'attacher uniquement aux faits." "Les policiers font face à des menaces inconnues jusqu'alors" et ils affrontent "un grand danger", a ajouté le patron de Scotland Yard, comme pour justifier ce décès, sur lequel les organisations musulmanes demandent déjà des explications.

Malgré cette bavure, le chef de Scotland Yard Ian Blair a déclaré dimanche 24 juillet que les policiers britanniques ont ordre de tuer d'une balle dans la tête des kamikazes présumés.

La victime, Jean-Charles de Menezes, est un Brésilien de 27 ans. Il vivait depuis trois ans dans la capitale britannique, où il résidait légalement. Un cousin de Jean Charles de Menezes, Alex Alves, qui a reconnu le corps, a déclaré au journal qu'il était électricien et se rendait à son travail lorsqu'il a été tué. Selon lui, la victime "n'avait rien dans son passé qui l'aurait poussée à s'enfuir" après avoir reçu ordre de la police de s'arrêter.

Comme à l’accoutumée, ce genre d’incident devrait être rapidement étouffé. Londres et les Londoniens préfèrent rester sur l’idée que le monde entier les plaint d’être la cible des terroristes et entendre des condamnations compassionnelles qui s’imposent dans de pareils circonstances. Nous sommes tous choqués par les attentats perpétrés, qu’ils aient lieu sur la terre anglaise ou autre. Nous ne saurons en aucun cas partager la cause de ceux qui en sont les auteurs.

Dans ce contexte tendu, il est regrettable qu’un innocent soit tué par méprise. Ceci peut être le mot de la fin si le Mail on Sunday ne se targue pas de retourner la situation pour voir les choses du côté le plus lamentablement hypocrite. "Dans le Londres du mois de juillet 2005, peu de personnes souhaiteraient que la police prenne des risques. Gardons à l'esprit que si le suspect de Stockwell avait porté une ceinture d'explosifs, les officiers qui l'ont abattu seraient considérés comme des héros, couverts de médailles et des remerciements de la population". Bien sûr, une accusation a toujours une chance sur deux d’être justifiée, mais en faire un argument développé volontairement contre les faits n’honore pas la dignité que les anglais ont su afficher face aux épreuves difficiles.

Rest in peace Jean-Charles de Menezes.